Mondwest, le film avant Westworld - La Gazette du Geek

Mondwest, le film avant Westworld

Share Button

Mondwest est le film à partir duquel Jonathan Nolan et Lisa Roy ont créé la série Westworld. Retour sur un œuvre forte de la science-fiction.

Celles et ceux qui ont découvert l’excellente série Westworld ne savent peut-être pas qu’elle est en partie inspirée d’un film de 1973. Alors que la première saison s’est terminée après un dernier épisode incroyable, nous vous proposons de revenir au commencement. Dans le film Mondwest (il s’agit ici du titre français, l’original étant Westworld – admirez le jeu de mots : monde ouest -) le spectateur se retrouve à suivre les mésaventures de deux amis, partis en vacances à Delos, un parc d’attractions plus vrai que nature où les vacanciers peuvent réaliser leurs rêves, y compris vivre comme dans l’Ouest américain, et faire absolument tout ce qu’ils veulent. Trois mondes sont disponibles : l’Antiquité romaine, le Moyen-Âge, et le Far West. Et c’est justement dans une reconstitution du Far West que l’on va retrouver Peter Martin et John Blane.

Mondwest, le film de Michael Crichton
© MGM John et Peter, après l’évasion de la prison

Pour rendre l’univers de Delos crédible, les visiteurs du parc sont donc accueillis par… des robots à l’apparence humaine. Ce sont eux qui incarnent les habitants de ce monde recréé de toutes pièces. Et là, les fans de la série ont certainement un sentiment de déjà-vu. C’est bien normal, car la série Westworld reprend beaucoup du film, bien qu’elle traite le sujet d’une manière radicalement différente. En effet, dans Mondwest, la narration ne se place absolument pas du côté des androïdes. C’est à travers le regard des visiteurs, et plus particulièrement celui des deux héros, Peter et John, que l’on voit l’univers de Delos. L’intrigue s’attarde malgré tout sur « l’envers du décor ». On peut en effet voir les scientifiques réparer les machines et s’occuper de leur faire suivre leur scénario, exactement de la même manière que dans la série.

Bien entendu, l’intrigue du film repose sur le basculement, c’est-à-dire quand  tout ce petit monde tombe en ruine lorsque les robots se mettent à assassiner les visiteurs du parc. Pour sauver sa vie, Peter devra d’ailleurs échapper au gunslinger, un cowboy-androïde incarné par Yul Brynner. Cette course-poursuite finale, où l’homme et la machine s’affrontent, donnera finalement lieu à une scène finale très intéressante. Nous en reparlerons un peu plus tard, si vous le voulez bien. En attendant, nous allons essayer de comparer Mondwest avec Westworld, l’œuvre qui s’en inspire en grande partie.

Mondwest : ce qui change par rapport à Westworld

Avant toute chose, il faut bien imaginer que le film a maintenant plus de quarante ans. Aussi, un spectateur actuel aura très certainement du mal à accrocher totalement. L’esthétique et la mise en scène ont tout simplement pris un énorme coup de vieux. Le contraste avec Westworld, dont les images sont très léchées, est donc d’autant plus saisissant. Mondwest a beau avoir coûté plus d’un million de dollars et en avoir rapporté plus de huit, il fait aujourd’hui un peu pâle figure face aux standards actuels de la science-fiction. Il faut en revanche saluer les effets spéciaux novateurs pour l’époque, et l’originalité du scénario. Un scénario qui n’aborde pas du tout les choses comme Westworld.

Monwest, un film de science fiction au far west
Le quai d’embarquement pour rejoindre Delos © MGM

Pour commencer, Mondwest ne critique pas aussi directement les dérives et le vice humains. Là où, dans la série, voir le monde à travers les yeux de Dolores, de Maeve ou de Teddy permet de pointer du doigt la perversité de l’être humain, Mondwest reste moralement assez neutre. Peter et John vivent leur expérience au Far West sans vraiment verser dans l’excès. L’un comme l’autre ne souhaite pas forcément assassiner à tout va. Seul leur passage au bordel a quelque chose de révélateur : les machines sont là pour servir l’homme, et si Peter a quelques appréhensions au début, ses scrupules sont vite chassés après la nuit. Aussi déclare-t-il, au petit matin après cette expérience :

« En voilà un bel exemple de la machine au service de l’homme. »

Pas très classe le Peter…

Que veut nous dire Mondwest ?

Oui, on peut le dire, si Peter est gentil avec la machine, et se montre un peu timide au début, il n’a en revanche aucun questionnement éthique une fois ses premières barrières morales tombées. Du moins le film ne le met pas en avant. Mondwest se concentre plutôt sur deux choses : la découverte et l’émerveillement progressif de Peter, et la perte de contrôles, les doutes et la moralité des scientifiques. A la réalisation, Michael Crichton, à qui l’on doit également  le scénario de Jurassic Park, semble tenir un propos différent de celui de la série. Mondwest est une mise en garde contre la technologie au service de l’homme. Dans la grande tradition de la littérature, et notamment des lois sur la robotique d’Isaac Asimov, le long-métrage critique l’inconséquence des humains, qui perdent le contrôle sur la machine.

Les scientifiques de Mondwest
« Alors les gars, on le ferme ce parc ? » © MGM

La scène où les scientifiques de Delos sont réunis est très révélatrice. Alors que le responsable souhaite fermer le parc en raison de nombre d’incidents croissant, la direction s’y oppose, prétextant qu’il reste possible d’assurer la sécurité des visiteurs. Une erreur fatale, qui conduira à la mort de presque tout le monde. Mais il serait malgré tout réducteur de considérer Mondwest comme un simple plaidoyer contre les dangers de la robotique. À cet égard, la scène finale, que nous évoquions tout à l’heure, met en lumière d’autres perspectives. En effet, alors que Peter vient de vaincre le gunslinger, il finit par trouver une jeune femme prisonnière d’un cachot.

Les frontières du réel

Alors qu’elle est manifestement mal en point et suppliante, il ne se fait pas prier pour la délivrer. Malheureusement, quand il tente de lui donner à boire, il se rend compte avec stupeur qu’il s’agit d’un androïde. La jeune femme grille, littéralement. Peter sent alors une présence derrière lui et se retourne : le gunslinger, à moitié détruit, tend la main vers lui et tombe au sol, vaincu, pour de bon cette fois. Peter s’assoit alors sur les marches du cachot et contemple les restes de son ennemi. Le plan final se rapproche lentement de son regard, à la fois perdu et terrorisé.

On comprend alors que Mondwest est plus qu’un simple film de science-fiction. Ce dernier plan en dit long sur ses intentions. À travers la confusion que l’on peut lire sur le visage de Peter, on réalise que la frontière entre ce qui est réel et ne l’est pas est mince. Le héros a-t-il tué un simple robot ? S’il a cru que la prisonnière était humaine, quelle est, finalement, la différence ? Où commencent et où s’arrêtent l’humanité et la morale ? C’est d’ailleurs en ce sens qu’il se rapproche de la série.

Peter dans Mondwest
Peter, incarné par Richard Benjamin, a certes une belle moustache, mais c’est aussi un héros qui soulève pas mal de questions ! © MGM

Mondwest et Westworld : ce qui les rapproche

Ce qui est intéressant, au-delà du succès commercial rencontré par Mondwest, c’est sa vision. Il y a clairement de l’anticipation. Presque dix ans avant Blade Runner – une suite est d’ailleurs en préparation -, le film nous fait réfléchir sur notre condition humaine, et sur ce qui est réel et ne l’est pas. En ce sens, William et Logan dans la série Westworld ressemblent énormément à Peter et John dans le long-métrage de Michael Crichton. Comme Peter, William fait ses premiers pas dans l’univers de Westworld, et l’ami qui l’accompagne lui sert de guide.

Mondwest, le film qui a donné naissance à Westworld
De gauche à droite : Peter et John, incarnés par Richard Benjamin et James Brolin, et William et Logan, incarnés par Jimmi Simpson et Ben Barnes. © MGM / HBO

Si vous avez prêté attention à la série, vous saurez certainement que William connaît une certaine évolution.


ATTENTION, on entre dans la ZONE SPOILER !

Il se transforme progressivement en un être cynique, obsédé par le parc, et son réalisme. En quelques mots, il devient l’homme en noir… Ce personnage pervers, en quête d’une réalité alternative dans laquelle il pourrait risquer sa vie, fait écho à Peter dans Mondwest. Ce qui arrive à Peter est une projection du fantasme de William : les machines rendent les coups, comme elles le font à la fin de la première saison de la série.

Sur la question de notion de réalité, Westworld s’inspire de son aîné, quand elle fait dire à William que « ce monde est réel ». Le parc se substitue à la réalité pour les visiteurs, il devient plus vrai que la réalité, et c’est de là que vient le danger : oublier son humanité. Il est intéressant de remarquer que cette phrase fait directement écho au dialogue entre Peter et John :

Peter : Tu sais quoi, je commence presque à croire à tout ça.

John : Pourquoi est-ce que tu n’y croirais pas ? C’est aussi réel que ce qu’il y a de plus réel !

Dans cette scène, John vient alors de faire évader son ami de prison en assassinant le shérif. Pourtant, si dans un premier temps, Peter est en prison, c’est parce qu’il a tué le gunslinger en état de légitime défense. En passant de l’autre côté de la loi, en franchissant les limites de la bonne moralité, Peter prêterait-il plus de réalisme au parc ? D’ailleurs, juste après cette scène, John se fera attaquer par un serpent-robot en affirmant, dans sa colère, que « ce n’est pas normal ». Pourtant, dans la réalité, les cobras ne sont pas programmés pour ne jamais attaquer les hommes !

westworld et mondwest, deux œuvres complémentaires
Peter, en prison. © MGM
La définition de la réalité selon Mondwest

Qu’est-ce qui définit la réalité ? Peut-on agir impunément dans un monde comme celui-ci ? Est-il moral de tuer ? Cette notion de réalité, dans Mondwest, fait écho à la série. Celle-ci va beaucoup plus loin que l’œuvre originale, en poussant les motifs à l’extrême. Car Westworld est riche d’un plus grand recul sur la « réalité virtuelle ». Plus encore que sur l’humanité, Westworld nous pousse à réfléchir à des phénomènes très actuels : après plus de trente ans de jeux vidéo, la VR de demain est à nos portes. Comment ne pas comparer le parc de Westworld à un MMO vivant ? Si vous voulez en savoir davantage sur la question, nous vous recommandons d’ailleurs de lire cet excellent article sur Jeuxvideo.com :

Westworld : Un hommage au MMO qui met en garde face à la violence vidéoludique

Les hommages et les références de la série Westworld

Mondwest a marqué son époque. Pourtant, pour la génération Y, le film reste relativement méconnu. La série de Jonathan Nolan ne se contente pourtant pas de lui rendre hommage en reprenant certains de ses codes. Plus qu’un remake, Westworld prend le contre-pied de Mondwest en s’attachant à regarder le monde à travers les yeux des machines. Les easter eggs en tout genre, eux-aussi, ne sont pas rares, comme dans l’épisode 6. Lorsque Bernard descend au niveau B82 pour vérifier d’où provient l’anomalie qu’il a détectée, on aperçoit brièvement un cowboy, habillé de la même façon et adoptant la même posture que le gunslinger interprété par Yul Brynner.

Mondwest, le film qui a donné naissance à Westworld
À gauche, l’hôte désactivé, éclairé par la lampe torche de Bernard, à droite, le gunslinger dans Mondwest. © MGM / HBO

Les références à Mondwest ne sont qu’une partie des nombreux clins d’œil de la série. D’autres œuvres, comme Jurassic ParkBioShock ou Lost sont également abordées. Si vous souhaitez en connaître quelques-unes, voici une vidéo plutôt sympa, qui compile les plus gros easter eggs de la saison 1 :

Si vous vous ennuyez par un dimanche pluvieux et que vous souhaitez parfaite votre culture cinématographique, n’hésitez donc pas à regarder Mondewest. Sachez également qu’une suite, Les rescapés du futur, sortie en 1976, a vu le jour, ainsi qu’une série, baptisée Beyond Westworld (dans les années 80)Pour les curieux, le DVD du premier film est disponible ici !

Crall

Seigneur des geeks de toute la terre, fondateur et rédacteur en chef de La Gazette du Geek, force de la nature mais, surtout, geek qui boit du vin et mange des paupiettes de veau à quatre heure du matin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *