L’apocalypse, un reflet de notre société ? - La Gazette du Geek

L’apocalypse, un reflet de notre société ?

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Notre génération est accro aux récits apocalyptiques ou post-apocalyptiques, dans lesquels se battent des héroïnes telles que Katniss Everdyn ou Tris. La Gazette vous explique pourquoi.

Depuis peu, l’apocalypse est souvent traitée en Littérature comme à l’écran. Avengers, Batman v Superman, Hunger Games ou encore Divergente l’évoquent. Ces récits rassemblent toujours plus de fans, comme si nous pouvions nous identifier à ces héros qui sauvent le monde, ou du moins, ce qu’il en reste. Pourquoi ont-ils un tel succès et pourquoi maintenant ? La Gazette a enquêté.

Les récits apocalyptiques ou post-apocalyptiques sont généralement traités de la même façon : soit des héros/héroïnes (ou un héros/héroïne) doi(ven)t sauver le monde d’une apocalypse imminente, le plus souvent déclenchée par des facteurs extérieurs (genre des extraterrestres ou des superméchants mégalos qui veulent dominer notre monde); soit l’apocalypse a déjà eu lieu. Dans ce monde détruit en pleine récession, les héros doivent renverser un système oppressif. Ils incarnent malgré eux la faille d’un système réputé pourtant infaillible ; parce qu’ils sont hors normes.

Florent Dorin dans Le Visiteur du Futur
Florent Dorin dans le Visiteur du Futur © François Descraques

Dans ces récits, le pouvoir de l’amitié et la force de l’amour sont le centre des intrigues, et ne sont pas traitées comme des arcanes sous-jacentes. Ils donnent toute leur puissance au récit : soit les héros ont tout à perdre, soit ils n’ont plus rien à perdre. Dans tous les cas, les héros sont amenés à se battre et à se défendre corps et âme. Au cours de leurs batailles ; leurs amis, leurs amant(e)s ou leur famille disparaissent. Leur quête n’est jamais sans danger ni sans enjeux. Ils se font trahir, ils se font quitter, ils se font anéantir par des épreuves dont ils réussissent néanmoins à se relever. Ils font face à la mort et parviennent à l’affronter, dans un monde semblable au nôtre ou dans le leur.

Leur monde, qu’il soit ante-apocalyptique ou post-apocalyptique, n’est pas si différent du nôtre.

Qu’est-ce que l’apocalypse ?

Les personnage de la trilogie Divergente
Divergente © Red Wagon Entertainment

L’apocalypse n’est que le reflet de nos angoisses les plus profondes. Nous sentons que nous sommes arrivés à un point de non-retour : chaque jour des espèces animales disparaissent, une partie de la forêt s’éteint, sans que nous ne puissions rien y faire. Nous sommes impuissants. Pire : nous sommes culpabilisé(e)s : l’apocalypse imminente serait causée par nos modes de vie et nos modes de consommation. Si les orphelins du tiers-monde n’ont pas accès à l’eau potable, c’est parce que vous avez gaspillé votre nourriture à la cantine, vous répète-t-on depuis votre plus tendre enfance. Cette vaste blague, nous la vivons quotidiennement, et nous n’y croyons plus. En fait, les choses sont bien plus compliquées qu’elles n’y paraissent, et s’il est vrai que notre gaspillage collectif et individuel impacte considérablement la planète, il n’est rien comparé à ce que lui fait subir l’économie et ses politiques. Les injustices sont frappantes, et le ressenti d’injustice nous assène de plein fouet. Nous avons hérité d’un monde qui a fait la fortune de nos parents et de nos ancêtres. Pourtant, ce monde est au bord du burnout. Entre les conflits géopolitiques mondiaux qui éclatent sur l’ensemble de la planète, les attentats récurrents et la récession économique, nous nous demandons comment être heureux. Nous nous demandons quand il finira par exploser, car nous avons le sentiment que nous n’avons plus aucun contrôle, et qu’aucun média ou politique n’ose relayer cette information qui nous brûle pourtant les lèvres et consume nos pensées. Nous avons l’impression que nous n’y avons pas notre place, et que personne ne nous la donnera, qu’importe les efforts et l’énergie que nous nous évertuons à déployer. On nous a insufflé des rêves, mais nous vivons dans un cauchemar. Nous avons intégré qu’à l’image de Katnis, Tris, ou Harry Potter, il nous faudra survivre et combattre pour espérer atteindre un bonheur qui nous semble lointain. Nous identifions notre monde à des univers dystopiques : mondes imparfaits et dysfonctionnels, des utopies fanées par la précarité de notre monde actuel.

Jennifer Lawrence dans Hunger Games
Jennifer Lawrence dans Hunger Games © Lion Game Film

Notre génération ne croit plus en la démocratie et ses valeurs. Elle la perçoit comme un système perverti par d’obscures manœuvres politiques. Les hommes et femmes politiques sont perçu-e-s comme des tyrans manipulateurs assoiffés de pouvoir, comme Jeanine dans Divergente. Leur influence est démultipliée par leur main mise sur les médias, comme dans Hunger Games. Les médias sont devenus des moyens de pression aussi puissants si ce n’est plus que l’argent. Hunger Games en fait d’ailleurs une excellente satire. L’émission télévisuelle, exposée telle une mise en abyme, symbolise l’ensemble des programmes qui nous sont desservis en toute impunité dans nos sociétés. Les Hunger Games y sont présentés comme glamours et divertissants, à l’instar des combats de gladiateurs aux temps des Romains, comme si le peuple n’avait qu’un seul désir depuis l’antiquité : du pain et des jeux. Panem, la capitale n’est-elle d’ailleurs pas une référence directe à la satire de Juvénal, qui, pour se moquer des Romains avides des combats dans les arènes, avait cyniquement affirmé que, pour le peuple, seuls importaient : « Panem et cirquences » (le pain et les jeux) ? Le titre du livre et le concept du jeu, réunissent d’ailleurs parfaitement les deux notions évoquées par Juvénal. Les Hunger Games ne sont finalement qu’une énième représentation où se déchirent et s’entretuent des êtres humains. Ces jeux médiatisés, attirants et répulsifs, nous aussi, nous les regardons, à l’heure où passent Les anges de la téléréalité ou Koh-Lanta. Comme dans Hunger Games, le divertissement est devenu un vecteur d’angoisse, permettant de canaliser notre attention, nous distraire des véritables problèmes, si bien; qu’une majeure partie de notre génération a préféré détourner ses yeux la télévision. Elle s’est trouvée de nouvelles icônes, des êtres pixelisés ou en papiers, qui seraient capables de braver ce système imposé.

Star Wars, épisode 5
Star Wars

Voilà pourquoi les figures de sauveurs nous fascinent autant. Ils incarnent la rébellion et la résistance à un système auquel il semble difficile de faire face ; qui enterre nos rêves, nos idéaux, sous des couches de pression et de répression. La dépression et le stress sont les maladies de notre siècle, car elles sont la conséquence de notre lucidité. Le #onvautmieuxqueça en est une preuve. Il n’y a pas que notre monde qui soit proche du burnout. Notre génération rêve de héros/héroïnes qui la protègent de l’apocalypse. Les héros/héroïnes ont le sens du devoir et du sacrifice, ils/elles pourraient nous sauver, comme les avengers. Elle idéalise des figures féminines fortes, comme Katniss ou Tris, qui représentent l’opposition à une structure sociétale, véritablement asphyxiante, une société nous obligeant à nous conformer à son avis et à ses lois, alors qu’elle n’a finalement aucune conscience de notre réalité quotidienne.

Les mangemorts de Voldemort

Notre réalité quotidienne est rythmée par une carence cruelle en tolérance. La couleur de notre peau, notre sexe, nos croyances, notre milieu social, nos orientations sexuelles, ont, pour ne citer que ces quelques exemples, une incidence sur la façon dont la société nous perçoit. Nous avons conscience que notre différence n’est pas perçue comme enrichissante ou positive, bien au contraire. Ces histoires reflètent non seulement notre incapacité à nous adapter à un système qui n’a pas été créé pour nous, mais aussi, sa volonté de détruire tout ce qui lui serait différent, hors normes. Dans Divergente, les divergents sont exclus des factions ; ils vivent dès lors comme des sans-abris. Les né-moldus (sorciers nés de parents qui n’ont pas de pouvoirs magiques) sont tués par le gouvernement imposé par Voldemort dans Harry Potter. Les supers-héros, à l’image de Superman, sont des sauveurs et des menaces. Ils préservent notre univers des pires périls, mais ils menacent l’ordre établi, parce qu’ils sont atypiques. A l’image de Tris, Superman, Harry Potter, nous sommes tous divergents, car nous voulons que la société reconnaisse notre authenticité par ses lois. Nous voudrions trouver notre place, mais pour cela, nous devons nous battre et nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Nous savons que ces combats ne se feront pas sans sacrifices. Pour autant, contrairement à la Société actuelle qui nous traite comme des boulets et comme un problème ; nous croyons que nous sommes en fait porteurs d’une solution à l’apocalypse imminente. Plus encore que les précédentes générations, nous avons tout à gagner et plus rien à perdre. Comme l’expose Divergente, nous avons probablement pris conscience que c’est en sauvant notre humanité, que nous sauverons le reste du monde.

Skeeter

Skeeter est née le même jour que Chuck Norris, ce qui lui a conféré d'incroyables talents. Après une brillante scolarité au sein de l'école de sorcellerie Poudlard, elle est devenue professeur dans l'école pour jeunes surdoués. Elle prévoit d'épouser son collègue Wolverine.

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