On l'appelle Jeeg Robot : des super-héros à la sauce italienne

On l’appelle Jeeg Robot : création d’une mythologie de super-héros italien

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Dans le monde si particulier du cinéma de superhéros apparaissent quelques OVNIS. Malgré le fait que les États-Unis aient la main mise sur le monde des super-héros, cela n’empêche pas d’autres pays de s’exprimer. C’est le cas de l’Italie via le réalisateur Gabriele Mainetti avec son film On l’appelle Jeeg Robot.  Ce dernier a été multiprimé à sa sortie, avec notamment 7 prix David Donatello (l’équivalent des Césars), le Prix de la critique au Festival du film italien de Villerupt ainsi que le Prix du Jury au Festival de Gérardmer. Ce phénomène cinématographique arrivera en France début mai 2017, mais La Gazette du Geek a pu le voir en avant-première. 

Synopsis

Poursuivi par la police dans les rues de Rome, Enzo plonge dans les eaux du Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine. Il réalise bientôt qu’il possède des pouvoirs surnaturels : une force et une capacité de régénération surhumaines qu’il décide de mettre au service de ses activités criminelles. 
Du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Alessia, une jeune fille fragile et perturbée qu’il sauve des griffes de Fabio, dit « Le Gitan », un mafieux déjanté qui a soif de puissance.
Témoin des pouvoirs d’Enzo, Alessia est persuadée qu’il est l’incarnation de Jeeg Robot, héros de manga japonais, présent sur Terre pour sauver le monde. 
Mais Enzo va être forcé d’affronter Le Gitan qui veut savoir d’où vient cette force surhumaine. Parviendra-t-il à sauver la ville de la folie meurtrière de Fabio et être le super-héros qu’Alessia voit en lui ?

On l’appelle Jeeg Robot : la Critique du film

Le film est construit à la manière d’un parcours initiatique. Sur les deux heures du long-métrage : rien ne transpire l’héroïsme pendant une heure et demie. L’histoire est d’abord racontée à la manière d’un film de gangsters. L’importance d’On l’appelle Jeeg Robot est de montrer dans un premier lieu la dimension sociale de l’univers dans lequel l’œuvre s’inscrit. Le scénario original met en avant une nouvelle vision de l’héroïsme qui change de tout ce qui a été fait auparavant.

Critique On l'appelle Jeeg Robot héros et pouvoir

L’acquisition du pouvoir se fait dans une souffrance corporelle pour le personnage principal, mais n’est pas l’un des climax de l’histoire. Pour preuve, avant même d’introduire le personnage d’Enzo, on introduit tout d’abord son gain de pouvoir, dans une situation quasi ordinaire (même si le fait de se faire poursuivre pas la police n’a rien d’ordinaire). De même, le héros souffre et n’est pas invincible. Il résiste aux balles, mais peut perdre un doigt de pied s’il prend un coup de hachoir.

Gabriele Mainetti, le réalisateur, a une vision assez acerbe des films de super-héros modernes. Il considère ces derniers comme étant « sans âme ni personnalité ». C’est pourquoi, son long-métrage transpire l’identité et le genre marqué. En comparaison aux autres films excepté peut-être Logan. On l’appelle Jeeg Robot se place d’abord dans un point de vision sociologique qui sert parfaitement son ton.

L’antagoniste dans On l’appelle Jeeg Robot, l’un des points forts

Le premier gros point fort du film repose tout d’abord sur la présence de l’antagoniste qui, depuis sa sortie, connaît un gros succès. Luca Marinelli campe un excellent méchant, en plus d’être le sosie de Genius. A la fois sérieux et complètement déjanté, Fabio le Gitan offre à certains instants des moments de grâce. L’acteur flirte toujours à la limite du « sur-jeu » en restant dans le ton de son personnage. Si celui-ci souffre d’un manque de considération au sein de la diégèse, lors de chacune des scènes, il occupe l’écran et on ne voit plus que lui. Il offre même parfois de réels moments où celui-ci est « faboulous » à la manière de certains personnages de l’anime « Jojo Bizarre Aventure ».

Critique On l'appelle Jeeg Robot Fabio le Gitan

En revanche, le reste des antagonistes n’est pas réellement exploité. Et ce n’était cela dit pas nécessaire, car le Gitan est construit comme un miroir du personnage principal. La mafia est présentée avec beaucoup de stéréotypes tels que le clan des Napolitains, les chiens de garde ou même les manières raffinées. Derrière le personnage antagoniste principal, le reste des personnages dans la catégorie « bad-guys » paraît bien fade.

La quête du héros d’On l’appelle Jeeg Robot

Critique On l'appelle Jeeg Robot la quête du héros

Comme il est dit plus haut, le film ne se place pas exactement dans la lignée des longs-métrages de super-héros traditionnels. Enzo, le personnage principal, est totalement silencieux au tout début. C’est un rebut de la société dans le sens où il se complaît à dire qu’il n’a pas d’amis et gagne sa vie en volant ou en faisant quelques actions criminelles. De même, lorsque celui-ci se rend compte qu’il dispose de pouvoirs hors du commun, les premières actions qu’il commet sont des vols. On est donc bien loin des standards de super-héros.

En réalité, tout le cheminement du héros est repris avec ses contradictions et son réalisme. Tout cela avant l’apparition d’un personne qui va faire prendre conscience de son héroïsme au personnage principal. Dans le film, il s’agit d’Alessia, la fille de Sergio, un mafieux mort sous les yeux d’Enzo. Elle aussi est une personne en marge de la société puisqu’elle souffre de problèmes mentaux et ne vit que par ses DVD de l’anime « Jeeg Robot ». Celle-ci pense qu’Enzo est le personnage principal de son anime préféré et se projette en lui avec les discours de base pour un héros. A savoir défendre la veuve et l’orphelin, etc.

Critique On l'appelle Jeeg Robot la quête du héros

La quête du héros va mettre très longtemps à aboutir, car Enzo n’accepte pas immédiatement son pouvoir et, surtout, ne veut pas aider son prochain. Même la relation amoureuse se place de façon complètement marginale au sein de la diégèse. Alors qu’Alessia voit en Enzo une figure de protection, ce dernier ne voit qu’une folle avant de s’y attacher. Seulement la relation est consommée dans un viol, puisque Alessia ne la consent absolument pas, ce qui sera finalement la première faute pour laquelle le héros éprouvera des remords.

La thématique du héros moderne dans On l’appelle Jeeg Robot

Le film est traversé par une volonté forte de réalisme de la part du réalisateur. Les scènes d’action sont dynamiques et tout est fait pour limiter au maximum les effets spéciaux. Le premier élément mis en avant dans ce film est la surexposition médiatique ainsi que la culture des réseaux sociaux. Il n’est par ailleurs pas étonnant de voir que Fabio est présenté comme ayant fait de la télé-réalité. Ce qui crée un running gag avec Secret Story, puisque que cela représente une antithèse de son personnage. De même, les premières apparitions d’Enzo sont présentées comme ayant fait le buzz sur YouTube.

Critique On l'appelle Jeeg Robot thématique du héros

Cette culture de l’instant est retranscrite via les tags sur les différents décors au sein du film. L’autre thème sous-jacent est celui de la frustration sexuelle, mise en avant à différentes reprises. Ainsi, Enzo vit dans un appartement où les revues pornos côtoient les films Hard. Dans la même veine, Fabio n’a qu’une seule relation sexuelle avec une prostituée transsexuelle. Ce thème met en avant le fait que ces deux personnages vivent complètement dans la marginalité sociale.

Tout au long du film, le héros agit sans masque sur le visage. Ce dernier n’arrive que très tard et est cousu main par Alessia. Cependant, Enzo ne l’utilisera pas jusqu’à un moment précis du film. De même, l’utilisation des pouvoirs est montré à l’échelle humaine. En bref, pendant la quasi-intégralité du film, la réalisation filme l’humain, jusqu’à ce que l’héroïsme éclate au moment du bouquet final.

Critique On l'appelle Jeeg Robot masque du héros

La Note d’On l’appelle Jeeg Robot : 15/20

Si une chose est sûre pour ce film, c’est qu’il ne fera pas nécessairement une percée exceptionnelle au box-office français. Il est pourtant pétri de bonnes intentions et de qualités, et revisite le mythe des super-héros en prenant le contre-pied des standards. Gabriele Mainetti s’attache à redonner un style à ce genre de film à la manière du cinéma italien des années 80. Si le personnage principal est totalement plat et amorphe, son antagoniste est l’extrême opposé. Le tout est mis en scène dans une ambiance et une société ultra réaliste, traversées par la peur du terrorisme.

On l'appelle Jeeg Robot note du film

L’imaginaire des super-héros est mis en balance d’un côté avec la réalité pure et dure de la vie, mais aussi avec la dimension des héros d’anime. Cette culture de l’anime est symbolisée par l’oeuvre qui inspire le titre au film : « Koutetsushin Jeeg« . L’œuvre apparaît en toile de fond à certains moments importants. Il ne s’agit à chaque fois que de moments tirés du premier épisode de la série. Cet épisode est justement celui où le héros découvre ses pouvoirs de robot.

En bref, la Gazette du Geek vous recommande fortement ce film. Sachez qu’avant sa sortie officielle en France le 3 mai, le film dispose régulièrement de projections en avant-première à Paris. Le film vous offrira une nouvelle expérience cinématographique des super-héros, loin des standards d’Hollywood. Bon visionnage !

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