Le Batman de Burton : de la merde ? - La Gazette du Geek

Le Batman de Burton : de la merde, de la merde, de la merde

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Oui, c’est sur un titre putassier que je m’apprête à dénigrer le Batman de Tim Burton.  Je prends un très gros risque, mais tant pis, j’irai jusqu’au bout !

Comme beaucoup de personnes de ma génération, les Batman de Tim Burton ont bercé mon enfance. Tout comme la série animée de 92 d’ailleurs. Seulement voilà, je n’ai jamais gardé un excellent souvenir de Nicholson en Joker, et encore moins de Keaton en Bruce Wayne. Seul Dany DeVito en Pingouin a su réellement me marquer.

Je dois donc dire que si le Batman de Burton a bercé mon enfance, il l’a malheureusement fait trop près du mur. Du premier film, que j’avais revu il y a plus de dix ans, je n’avais qu’une molle impression d’ennui et, tout récemment, j’ai commis l’erreur de le regarder à nouveau.

Batman – 1989 : le renouveau du Dark Knight

Avant de lui assener plusieurs coups de couteau dans le dos, je vais tâcher de rendre hommage au Batman de Tim Burton. Non pas qu’il en ait réellement besoin ceci dit. Le film a maintenant une trentaine d’années, et il faut bien évidemment replacer les choses dans leur contexte. A l’époque où Warner Bros. décide de faire appel au jeune réalisateur, les spectateurs n’ont connu qu’un seul Batman au cinéma : celui incarné par Adam West. Un héros volontairement kitsch et décalé, plein d’une naïveté originelle, propre à beaucoup de comics d’après guerre.

Batman avec Adam West
Batman en 1966 : l’illustration parfaite de l’âge d’or des comics.

Autant donc dire que le contraste est saisissant. L’esthétique gothique de Burton offrira enfin une vision sombre et cruelle au film, et permettra de livrer un super-héros « sérieux » et relativement badass. C’est donc un parti pris osé, doublé d’une réalisation audacieuse : le papa d’Edward aux mains d’argent a su se montrer inventif, et a littéralement réinventé Batman au cinéma.

Le résultat ? En 1989, Batman met les pieds où il veut, et c’est souvent dans la gueule. Le problème pour moi, c’est que c’est trop souvent dans celle du spectateur. C’est d’ailleurs justement ce qu’on va voir immédiatement.

Batman : Michael Keaton est un papier calque

Diantre, que cet acteur est mou. Je n’ai pas la prétention d’avoir vu tous ses films, mais je peux juste remarquer que la retenue n’est pas son fort. Le rôle qui l’a révélé est celui de Bettlejuice, et c’est justement la folie et l’exubérance où il est vraiment bon. Mettez-le dans un rôle plus sobre, et il finit littéralement pas disparaître de l’écran. Aucun charisme, et c’est quand même bien dommage, aussi bien pour le chevalier noir que pour son alter ego Bruce Wayne.

Michael Keaton Batman
Le meilleur détective du monde qui réfléchit : un visage endormi, un regard vaguement méchant. Et c’est tout. Toutes les scènes dans la batcave sont les mêmes.

Après, on peut reprocher à l’acteur son manque de présence, mais la mise en scène de Burton ne l’aide clairement pas, c’est un fait selon moi. La psychologie des personnages, ça n’existe pas dans ce film. Bruce Wayne est une ébauche. On ne comprend aucun des mécanismes qui l’animent. Oui, ses parents sont morts assassinés par Jack, mais c’est tout. Seul l’échange avec le Joker, à la fin du film, à quelque chose de révélateur : il a fait le Joker en précipitant Napier dans un cuve d’acide, mais Napier l’a « fait le premier », en tuant ses parents. Ok, c’est cool.

Certes, j’en rajoute, je le reconnais. Il faut dire que les comics ne se sont vraiment intéressés au côté humain des super-héros qu’après les événements du onze septembre 2001. En 89, on est en plein dans l’âge de bronze des comics. Les héros sont déjà plus humains et ancrés dans la réalité, mais il leur manque encore un peu de profondeur. Ceci explique sûrement cela, dirons-nous.

Batman se fait bolosser tout le temps

Ce n’est pas parce qu’il aime se faire tirer dessus que Batman porte une armure à l’épreuve des balles. Pourtant, il finit très souvent au sol, shooté par un criminel lambda, avant de s’en tirer in extremis, et notamment une fois grâce au flash de l’appareil photo de Vicki Vale. Non, mais LOL.

Outre les entrées en scènes vieillottes du héros, sur lesquelles je ne peux rien dire, je trouve quand même qu’il manque de panache. On sent clairement que c’est un Batman assez jeune qui nous est montré. Il tâtonne, fait beaucoup d’erreurs, et manque de confiance en lui. Le preuve en est : son fidèle acolyte, Alfred, en est presque obligé de lui dire comment se comporter avec les femmes.

batman burton gif
Dis moi, Michael, t’es-tu déjà balancé la tête en bas au clair de lune, avec ton début de presbytie et ta calvitie naissante ?

Le problème, c’est que contrairement au héros dans le comics Year One de Franck Miller, Bruce Wayne est « vieux » dans le film de Burton. Keaton a presque 40 ans en 89. Et il les fait allègrement. C’est déjà un homme d’âge mur, pourtant « son » Batman n’a pas l’envergure d’un super-héros bien établi et sûr de lui. Ça me laisse un goût amer dans la bouche. Parfois, ça me fait rire, et pas pour de bonnes raisons :

Ce que j’essaye de te dire, Vicki, c’est que « Jeuuu suiiiis eu Batmaaaaan »

Le cas du Joker de Nicholson

Attention, le titre de cet article disait bien qu’il y aurait de la matière fécale, et ça risque d’être le cas, vu que je m’apprête à emprunter le petit chemin boueux. Oui, je vais peut-être me faire lyncher, mais je n’aime pas du tout le Joker de Nicholson. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’aime pas du tout Jack Nicholson. Selon moi, l’acteur est talentueux, c’est indéniable, mais j’ai beaucoup de mal avec son jeu et ses mimiques. Il fait partie des personnalités qu’on aime, ou qu’on aime pas, comme Jim Carrey, par exemple.

Le Joker
Il joue bien les personnages dérangés, oui.

Quand je vois le Joker à l’écran, je vois Nicholson dix ans plus tôt, dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. Et ça m’attriste, parce que sa façon de jouer est la même, ses expressions aussi. C’est du recyclage, aidé par un maquillage de génie, et de superbes costumes, mais du recyclage quand même. Dans le Batman de Tim Burton, le Joker est charismatique, car il est Jack Nicholson. Ca peut sembler paradoxal de lire ça, mais c’est bel et bien mon ressenti, et précisément ce qui me fait le détester.

Le personnage a ouvert la voie à tous les autres, et sa folie meurtrière est presque parfaite. Le seul vrai problème, c’est que, toujours selon moi, l’acteur qui l’incarne pousse un peu trop loin le cabotinnage pour que la sauce prenne. Cependant, c’est aussi certainement parce que le film a beaucoup vieilli. Hors de question, donc, de la comparer à Heath Ledger. Nous ne sommes pas dans le même univers, dans le même registre.

Kim, je ne t’ai pas oubliée

Kim basinger dans Batman

Bon, je n’ai pas spécialement envie de m’attarder sur le personnage de Vicki Vale. Il faut dire que tous les personnages secondaires du films sont franchement mal dépeints. Malgré tout, je dois reconnaître que Kim Basinger n’est pas seulement excessivement mignonne. Oui, c’était il y a trente ans, et son personnage fait parfois un peu potiche. Cependant, c’est aussi lui qui fait avancer l’intrigue, et révèle aussi un gros point faible du film : si le Joker ne s’en était pas pris à elle, Batman aurait bougé son boule un peu moins vite.

Plus sérieusement, l’actrice fait le taf, et même si l’histoire de son personnage avec Wayne sent le réchauffé, elle s’en sort nettement mieux que Keaton. Oh, mais c’est un point positif ça, non ? Plus positif que le jeu de Marion Cotillette dans le film de Nolan, c’est sûr.

Le syndrome du fanboy irritant : Batman ne tue pas

Et mes batcouilles, c’est du poulet ? Je me souviens du tollé lors de l’annonce de Ben Affleck en Batman. Attendez les mecs, Ben Affleck dans la quarantaine, c’est autre chose que ce fragile de Keaton dans la trentaine, avec son air de puceau attardé. Ok, il avait merdé dix ans plus tôt dans Dardevil, mais ça ne justifiait pas l’avalanche de mèmes qui a suivi :

Ben aAffleck dans Batman

Ben affleck meme
Bref, je m’emballe un peu, mais c’est vrai. Le pire, c’est le lynchage injustifié de l’excellent Batman v Superman, que je tente de réhabiliter ici. On a reproché à Batman de tuer des gens. Mais quel est ce bullshit intersidéral ? Les fans du personnages qui ont grandi avec la série de 92 et des films de Nolan ont une version tronquée du dark knight. D’ailleurs, pour info, le chevalier noir fait plus de morts dans le Batman de Burton que dans B v S et Justice League (très mauvais) réunis. Pourtant, personne ne lui crache dessus pour autant. Mais quel est le fuck ? Sérieusement.

Christian Bale est un excellent Batman, mais c’est un Batman ancré dans un univers terrien. Il ne tue pas les criminels, c’est très bien, mais ce n’est pas une version canon. Plongez Batman dans un univers où des forces le dépassent de très loin, secouez le tout, et rajoutez de la véritable violence, celle que l’on peut voir dans les médias. Celle qui ne pardonne pas. Vous verrez si Batman peut s’offrir le luxe de ne tuer personne. Et s’il ne le fait pas, d’ailleurs, historiquement, c’est parce que, dans les années 70, la pression des associations parentales aux Etats-Unis, a fait reculer les scénaristes de DC.

Conclusion pour l’ami Batou

Je lis tout un tas de contradictions autour du personnage de Batman et de celui du Joker. Beaucoup de personnes se prétentent fans de comics, et croient détenir la vérité. Mais chers amis, lecteurs ou inconnus, la seule vérité, dans les comics, c’est celle que le scénariste met dans son comics. Et des scénaristes, il y en a plusieurs 🙂

En attendant, je concluerai sur cette phrase : je déteste le Batman de Burton.

Et sinon, vous en pensez quoi de Joaquin Pheonix ? Va-t-il faire renaitre le Joker de ses cendres ?
Joker Joaquin Phoenix
*attention, un jeu subtil de mot s’est glissé dans les deux dernières phrases.

Crall

Seigneur des geeks de toute la terre, fondateur et rédacteur en chef de La Gazette du Geek, force de la nature mais, surtout, geek qui boit du vin et mange des paupiettes de veau à quatre heure du matin.

2 pensées sur “Le Batman de Burton : de la merde, de la merde, de la merde

  • 5 octobre 2018 à 8 h 11 min
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    Oulah ! Que de risque pris avec ce billet… Le lynchage sur la place publique te pend au nez ! :p
    Plus sérieusement, chaque avis se respecte (même si je ne partage pas totalement le tiens sur ce film 🙂 ) et je peux comprendre qu’après visionnage du film presque 30 ans après sa sortie tu ne sois pas convaincu par ce dernier ^^
    Toutefois j’aimerais revenir sur un point que je ne comprends pas. Lorsque tu évoque l’univers des Comics à la sortie du film (1989) tu écris que « les comics ne se sont vraiment intéressés au côté humain des super-héros qu’après les événements du onze septembre 2001 » et je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée. Frank Miller, Neal Adams et Dennis O’Neil pour ne citer qu’eux, ont durant les année 70-80 apporté une vraie profondeur au personnage de Batman… C’est étonnant que tu dises cela alors même que tu cites Batman Year One de Miller juste après ^^

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    • 5 octobre 2018 à 13 h 09 min
      Permalink

      Ah ah ah !

      Pour te répondre, c’est plutôt la dimension psychologique du personnage de comics au cinéma, que le comics lui-même qui s’intéresse à l’humain 🙂 Merci pour ton commentaire ! Page Facebook likée !

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