Kaamelott : du Graal au JDR - La Gazette du Geek

Kaamelott : du Graal au JDR

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Kaamelott traite la quête du Graal et les autres missions comme des quêtes de Jeux de Rôles (JDR). La Gazette a enquêté sur le phénomène et vous dit tout. 

Kaamelott - saison 5
Perceval et Karadoc, en pleine action à la taverne.

Dans Kaamelott, les quêtes, un des nombreux lieux communs les plus classiques de la Littérature ou du cinéma; sont traitées sur le mode des jeux de rôles.  Elles ne sont qu’une des nombreuses sources d’inspiration de son créateur : Alexandre Astier.

Il rend ainsi hommage à ceux qui l’ont inspiré, notamment dans les intitulés de ses épisodes. Le dernier du Livre V se nomme par exemple Le retour du Roi, ce qui n’est pas sans rappeler le dernier tome du Seigneur des anneaux. La série rend aussi hommage à Louis de Funès, puisque Kaamelott lui est dédiée, dans le dernier épisode du Livre VI.Kaamelott du Graal au JDR Gazette du Geek (01)

Kaamelott fait référence à plusieurs œuvres, classiques, populaires, fantaisistes, ou même, issu du Space Opera, comme Star Wars. Arthur comme Luke Skywalker, est un élu élevé dans un autre monde, dont la charge est de conduire un peuple vers la lumière. La série, qui a de nombreuses références culturelles touchant aussi bien le fantasy que le cinéma français classique, est pourtant catégorisée comme étant de la fantasy historique.

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Un superbe montage photophiltre, signé Skeeter.

La série reprend des faits historiques, mais les traite sous un angle fantaisiste. [2] Globalement, l’approche culturelle de Kaamelott est originale, car elle mêle les cultures, sans en poser une sur un piédestal par rapport à une autre, contrairement à ce que font nombre de critiques. Aristote, Molière, César sont traités comme Tolkien, George Lucas, ou Peter DeLuise. Kaamelott revendique le brassage des cultures et a contribué à intégrer la « culture populaire » à la « culture classique », et la « culture classique » à la « culture populaire ».

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Une partie de Donjon et Dragon

Les Jeux de rôles sont ainsi incorporés habilement aux nombreuses quêtes menées par le roi Arthur. Pour rappel, le premier jeux de rôle, Donjon et Dragon, a été crée par Gary Gygax et Dave Arneson en 1974. Il est issu de Chainmail, un wargame [3] créé par Gygax et Jeff Peren. Ce n’est qu’en 1983 que le jeu serait traduit en français et que le public francophone le découvrira. Les créateurs se sont inspirés du Seigneur des Anneaux et d’autres œuvres épiques afin de créer un jeu dans lequel le joueur incarneraient des héros. Dans Donjons et Dragons, les joueurs incarnent des personnages de la race qu’ils désirent : humain, elfe ou nain, par exemple. Puis, ils choisissent des classes, ou le rôle de leur personnage au sein du groupe : guerrier, druide, paladin… Dans l’idéal, les joueurs forment une équipe avec un guerrier, ou tout autre classe guerrière, un soigneur, souvent prêtre ou paladin, et un mage, qui a pour rôle de contrôler les ennemis grâce à ses sorts. Enfin, ils choisissent leur compétences et leurs caractéristiques avec des dés qui ont jusqu’à vingt faces. Le seul qui n’ait pas de personnage à incarner est le maître du jeu. Il s’occupe du déroulement du jeu. Il crée l’univers dans lequel évolue les personnages, et organise les aventures qu’ils vivent. Il incarne aussi les personnage non joueur, abrégé PNJ, que peuvent rencontrer les autres joueurs. Il dispose aussi les éléments sur les différentes mappes.

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Le père Blaise

Dans les bandes dessinées de Kaamelott, le père Blaise est présenté comme un prêtre aux pouvoirs extraordinaires . Cette habilité est propre aux classes « prêtre » et « paladin » des JDR. La première bande-dessinée foisonne de références à cet univers : des objets (le médaillon que la Dame du Lac offre à Arthur), en passant par les lieux (des pleines enneigées), ou les personnalités des personnages (Arthur est un tank charismatique et stratégique) : les clins d’œil ne passent pas inaperçus. Quant au quatrième tome de la série, il s’intitule même Perceval et le Dragon d’Airain. Le Dragon d’Airain est l’une des créatures les plus redoutables de Donjons et Dragons.

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Yvain et Gauvain

En outre, plusieurs épisodes de la série sont des mises en scène des quêtes de Donjons et Dragons, comme Haunted II du Livre III. Arthur propose à Léodagan d’envoyer son fils et Gauvain dans un château hanté. Le père répond, qu’à son avis, ils n’ont pas encore le niveau. Le double sens du mot niveau (aussi appelé syllepse de sens) est évidemment une référence au niveau gravi par les joueurs dans les jeux de rôles. D’autres épisode, comme la Fureur du Dragon, ou encore Trois cent soixante degrés, Le Dragon des tunnels, Le Chaudron rutilant, sont des exemples de l’omniprésence de l’influence des jeux de rôle dans Kaamelott. Les personnages évoluent à l’intérieur de Donjons, souvent dans des tunnels exigus, qui sont l’apanage des mappes favorites des maîtres du jeu. Sadiques. Les chevaliers rencontrent des créatures qui appartiennent à l’univers des JDR, et non à celui du roi Arthur, comme les Gobelins. Enfin, la Dame du Lac prend même le rôle du maître du jeu dans les épisodes La Grotte de Padraig (Livre I) et La voix céleste (Livre II). En effet, elle guide Arthur à la manière d’un maître du Jeu dans ses quêtes.

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L’équipe de Noob.

Cet engouement pour porter les jeux de rôles à l’écran a pris son essor en France dans les années 2000. En effet, entres les années 1990 et 2000 sont sortis les premiers MMORPG, qui sont les adaptations sur consoles et PC des jeux de rôles comme Donjons et Dragons. Certains connurent un succès planétaire, comme World of Warcraft. Dans le paysage audiovisuel français, d’autres réalisateurs comme Fabien Fournier ont porté, en les parodiant, ces jeux à l’écran, notamment dans les web-séries Noob et Lost Level. D’autres parodies sont nées dans les années 2000, comme Reflets d’Acide et le Donjon de Naheulbeuk, délires Internet à succès qui ont finalement abouti à la création de licences commerciales et de créations artistiques conséquentes. Ils ont aussi inspiré des générations de jeunes artistes et ont contribué à l’élaboration d’une culture parallèle et d’une nouvelle forme d’économie culturelle.

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Extrait de la BD de Naheulbeuk

Ces créations artistiques ont la particularité de remettre en cause la définition même de la quête. Une quête n’est pas, dans un jeu de rôle, une mission sacrée confiée par une divinité et qui a l’optique d’apporter la Lumière au Monde (comme l’est par exemple la Quête du Graal, but ultime poursuivi par les chevaliers du monde arthurien). Dans ces jeux, les quêtes ne sont parfois que des missions secondaires qui permettent aux joueurs de gagner des niveaux et de l’or. Dans Naheulbeuk, les personnages doivent retrouver une statuette enroulée dans du jambon, permettant ainsi l’accomplissement d’une prophétie.

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Arthur

Dans Kaamelott, il existe deux types de quêtes : la quête du Graal, et toutes les autres. En définitive, les deux types de quêtes s’apparentent plus à des missions sous forme de jeux de rôles qu’à des quêtes chevaleresques : de par leur narration, leur contexte, et leur traitement. Elles ne sont que rarement prises au sérieux par les chevaliers, surtout par Perceval et Karadoc qui passent davantage de temps à la taverne qu’à quêter le Graal. D’ailleurs, c’est en faisant de la Dame du Lac un maître du jeu que la désacralisation de la quête devient totale.

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Les rivaux de toujours : Lancelot et Arthur

Pourtant, deux quêtes demeurent essentielles dans cette histoire et sont traitées avec sérieux sur un mode tragique par les deux personnages qu’elles concernent. Il s’agit de la quête des enfants entreprise par Arthur et la quête intérieure de Lancelot dans le Livre V.

Si la quête du Graal et le Graal lui-même sont des kaamelotts dans l’optique des personnages et traités comme tels par l’auteur de la série, en revanche, les relations entre les personnages ne le sont pas. Elles deviennent le centre du Livre IV, puis du Livre V et VI. Elles amorcent les péripéties tragiques, et le final dramatique. Finalement, les quêtes ne sont que le contexte dans lequel se déroule la série et ses véritables enjeux.

Longue vie et prospérité

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[2] Dans l’inconscient collectif commun, la source de la fantasy est souvent associée à la création du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Néanmoins, Tolkien n’a jamais été l’auteur du mouvement, comme Flaubert n’a jamais été inventeur du réalisme. On leur a attribué un mouvement post-mortem car leur style correspondaient parfaitement aux critères esthétiques de ces mouvement. En réalité, la genèse de la Fantasy remonte en 1923 avec la parution du magazine Weird Tales qui publiait les aventures de Conan le Barbare, de Robert E. Howard. Pour caricaturer ce récit, l’on pourrait dire que l’histoire se centre sur les aventures épiques d’un valeur héros en slip qui décide de sauver un monde merveilleux en péril. Puis, d’autres œuvres ont contribué à populariser le mouvement, comme le Seigneur des Anneaux qui avait pour vocation de donner une mythologie à l’Angleterre ; les légendes japonaises ou arthuriennes. De nombreux scientifiques sont tentés de faire des préraphaélites (des peintres), et de Morris, ceux qui ont préfiguré le mouvement. Cependant, les peintres préraphaélites n’agissaient nullement dans cette optique et si leur travail a probablement influencé le mouvement le plus populaire de notre siècle, ils n’en sont nullement les créateurs, ou la source, pas plus que Goethe (auteur du livre Les souffrances du Jeune Werther) fût un écrivain « pré-romantique ».

[3] Un jeu de stratégie opposant deux armées

Skeeter

Skeeter est née le même jour que Chuck Norris, ce qui lui a conféré d'incroyables talents. Après une brillante scolarité au sein de l'école de sorcellerie Poudlard, elle est devenue professeur dans l'école pour jeunes surdoués. Elle prévoit d'épouser son collègue Wolverine.

2 pensées sur “Kaamelott : du Graal au JDR

  • 7 mars 2016 à 17 h 05 min
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    On peut aussi rajouter que Alexandre Astier a fait plusieurs emprunts de termes au jeu de rôle Warhammer. Ainsi, le personnage joué par Elie Semoun dans Kaamelott est nommé « répurgateur », et quand Léodagan veut mettre Arthur face à sa peur du noir, il lui propose d’aller affronter des « skavens » dans l’obscurité complète.

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    • 7 mars 2016 à 17 h 30 min
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      Bonjour Rufus,

      c’est exact ! J’ai choisi de centrer l’article uniquement sur D&D, mais bien entendu, il y a aussi des références à Warhammer que j’ai oublié de citer ! Merci pour ces précisions !

      Longue vie et prospérité.

      Skeeter

      Répondre

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