Interview des créateurs How to shoot a Criminal ou HTSAC

Interview de l’équipe d’How to shoot a criminal (HTSAC)

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Le jeu indépendant How to shoot a Criminal ou HTSAC , est donc sorti le 20 janvier sur la plateforme Steam. La Gazette du Geek qui vous l’avait annoncé avant tout le monde, a obtenu l’interview du noyau dur de l’équipe à l’origine du projet.

C’est dans le bar de Neuilly-sur-Seine Le Séquoia que nous nous sommes donné rendez-vous. Sur la table : Loïc Janin, le développeur du jeu,; Alizée Veauvy, l’une des chefs du projet HTSAC, et Mélanie Toubeau, la réalisatrice. Tous font partie du studio indépendant Pandorica. C’est autour de cafés chauds et au rythme des voitures qui passent que commence l’interview.

*Note How to shoot a Criminal est abrévié HTSAC au sein du papier.

Gazette du Geek : Alors pour commencer l’entretien je vous propose de vous présenter, en mentionnant votre rôle dans le jeu dans la réalité et la fiction.

Loic Janin (HTSAC) : Moi c’est Loïc Janin, je suis le seul développeur du jeu. L’équipe principale doit être composée de 4 personnes, moi je suis au scénario et au développement. A côté je suis développeur dans une start-up qui fait pas mal de jeux mobiles et se nomme Armogaste. J’ai notamment bossé pour le jeu Hypno-Quest 2. Je suis également professeur dans l’école où j’ai été formé (INGESUP). Après, avec Alizée, ça fait longtemps qu’on développe des jeux, bon c’est souvent des projets étudiants où on est très peu. On a participé à L’Imagine Cup qui est un concours Microsoft.

interview HTSAC Loïc Janin

Mélanie Toubeau (HTSAC) : Je suis Mélanie Toubeau, chargée de la réalisation des vidéos au sein du jeu. On a fait un projet un peu spécial, c’est un jeu vidéo avec des vidéos et donc pour pouvoir faire des vidéos, imaginer des plans, les réaliser, les filmer et les construire eh bien j’étais là. C’est grâce à Alizée, que je connais depuis 10 ans bientôt, qui m’a proposé de faire des vidéos pour un jeu vidéo. Moi de base, je suis vidéaste indépendante, donc j’ai des clients et je leur fais des vidéos où je réalise, je filme et je monte. Dans la réalisation du jeu j’étais aidée par Antoine Baconin, le meilleur ingé-son du monde. [NDLR : absent le jour de l’interview]. Lui a fait la musique et le sound design, a nous deux on est une très bonne équipe.

Interview HTSAC Mélanie Toubeau

Alizée Veauvy (HTSAC) : Enfin moi je suis la chef du projet. L’histoire du jeu vient d’un roman que j’ai écrit pour le plaisir pendant mes sombres années de prépa. Il y avait donc un travail d’adaptation à faire sur l’histoire même si le jeu a une histoire complètement différente du roman : les personnages ne sont plus les mêmes, la fin n’est plus la même. Le défi ça a été : en changeant de média, il faut changer le récit. Dans le jeu je suis aussi scénariste, graphiste et actrice, puisque j’incarne Amy Moss.

Interview HTSAC Alizée Veauvy

La Gazette du Geek : parlez-nous donc de la genèse du projet. Depuis combien de temps le jeu est-il en préparation?

A.V : Le projet HTSAC a débuté en septembre 2015. Mais la particularité quand on se lance dans le jeu indépendant, c’est qu’il n’y a pas d’argent pour financer ! Du coup on a trouvé des lieux, du matériel et des ressources grâce aux différents réseaux que nous avions. Ce qui fait qu’au final nous sommes une vingtaine impliqués dans le projet. Notre idée c’est aussi de mettre en avant des gens qui commencent leur carrière. Au départ du projet, nous étions partis pour faire un jeu modélisé en 3D, mais le projet a changé à partir du moment où Loïc et moi avons joué à Her Story. Parallèlement, nous devions gérer également nos emplois respectifs, du coup ça a pris du temps.

L.J : Il faudrait aussi parler de la quatrième personne sur le projet, celle chargée de l’adaptation …

Interview HTSAC Julie Cappe de Baillon

A. V : La game-designeuse ! Elle s’appelle Julie Cappe de Baillon c’est celle qui joue Scarlett. Elle a eu un rôle très important au sein du jeu, non seulement elle était chargée de l’adaptation du scénario, mais c’est elle aussi qui a fait le game design et, surtout, elle a créé le système de jeu !

L.J : C’est elle qui nous a trouvé la plupart des acteurs également. Évidemment, ce qui a pris du temps ce sont les tournages, mais heureusement que nous avions Mélanie pour tout cadrer. Alizée et moi venons du jeu vidéo, donc nous ne savions pas comment faire et c’est Mélanie qui s’est chargée du côté tournage.

M. T : Et Antoine aussi.

L. J : Oui aussi. Concernant le jeu, ce qui nous a pris le plus de temps, c’est la traduction. On voulait créer un contenu complet. Puis après il a fallu solliciter les plateformes et on a lancé un Greenlight sur Steam qui nous a aussi mis en attente. L’idée c’est de faire le jeu le plus abouti possible tout en sortant des sentiers battus.

La Gazette du Geek : Comment présenteriez-vous le jeu HTSAC ?

L.J : Le système de jeu s’inspire énormément de Her Story, qui a été un gros succès critique pour un jeu indépendant. On essaie de faire quelque chose de très immersif où l’on implique le joueur dans la diégèse mais c’est avant tout notre propre jeu. On est sur un bureau et grâce a une barre de recherche via des mots-clés et différentes archives qui vont aider le joueur à faire tomber le criminel comme dans Her Story.

Interview HTSAC Her Story

A. V : En fait on a pris l’idée de base des vidéos et par dessus on a ré-orienté le gameplay. Ah et l’une des autres grosses inspirations ça a été L.A Noire.

L. J : A vrai dire on a pas la prétention d’inventer quelque chose de révolutionnaire dans le jeu vidéo, mais on tente des expériences. Là où on a poussé les choses c’est par exemple qu’il n’y a pas d’interface  : pas de barre de vies, de réserve de quoi que ce soit, quitte à intégrer le tutoriel comme une fiche qu’il y a au sein des archives pour dire qu’elles fonctionnent de cette façon.

Interview HTSAC interface du jeu

A. V : En fait on ne voulait pas sortir de la diégèse, le joueur lui même en fait partie. Le message c’est que tu vas toi-même reconstituer l’histoire de quelqu’un, c’est le principe du jeu vidéo : l’interactivité, sinon tu vas au cinéma.

La Gazette du Geek : et comment la réalisation a du s’adapter pour justement servir HTSAC?

L. J : (A Mélanie) Si tu me le permets je vais dire deux trois éléments à ce sujet. (Il commence) Ce qui est particulier c’est que les vidéos devaient absolument s’intégrer au jeu, du coup il y avait des contraintes de temps et d’élocution. Par exemple si un acteur mâchouillait un mot important, on devait recommencer la scène même si elle était parfaite. Mais vraiment on a essayé de pas faire trop long pour ne pas perdre le joueur.

A. V : Les idées venaient au fur et à mesure du tournage. Par exemple les vidéos sont en plan fixes alors qu’a la base on voulait quelque chose de totalement différent. Et dès le début on a eu un souci technique de caméra et là Mélanie a improvisé la scène de tournage en disant « Je vais faire une ambiance style Cluedo ou les scènes de conclusion d’enquête et on est partis. »

M. T : En fait c’est un format qui n’existe pas vraiment parce que le scénario fait en sorte que tout se suive, tout se ramène l’un à l’autre. On devait faire ressortir plus de détails qu’habituellement on va dire. On faisait avec ce qu’on avait et on faisait du mieux qu’on pouvait. C’est même mieux que ce à quoi je m’attendais. Mais oui pour mes inspirations il y avait la scène de conclusion du Crime de L’Orient Express et du Barry Lindon.

Interview HTSAC Scènes

L. J : Par exemple quand un acteur mâchouillait le nom du journal ou d’un personnage, ça nous allait pas du tout. Comme on ne sait pas comment les joueurs vont regarder les vidéos et dans quel ordre, il est possible qu’une vidéo devienne la première pour l’un et la dernière pour l’autre.

M. T : Chaque scène est une entité à part entière en fait. En une vidéo tu dois forcément découvrir quelque chose. C’est pour ça que je considère ce que l’on a fait comme du « théâtre filmé » en fait. C’est une entité qui prend sa logique dans une entièreté.

La Gazette du Geek : comment avez-vous géré le côté tournage avec les acteurs ? Et notamment les décors qui sont assez neutres pour faire croire que l’intrigue se passe à New York dans les années 30 ?

M. J : Pour commencer, nous avons eu l’aide précieuse de Lila (Marietta) qui nous a trouvé un château qui appartient a des particuliers. On a tourné chez Julie, chez Lila. Mais les endroits s’y prêtaient peu. Il a fallu enlever quelques éléments anachroniques du décor.

Interview HTSAC Mise en scène

L. J : La chance aussi c’est que que l’histoire écrite par Alizée est tout de même suffisamment moderne pour qu’on puisse se débrouiller.

A. V : Grâce a la mère de Julie, qui est styliste, on a pu avoir des costumes adéquats. C’était vraiment le bon contact au bon moment. Après au niveau des décors c’est vrai que Lila a vraiment été notre Deus Ex Machina.

M. T : Pour la direction d’acteur ça a été très simple puisqu’on était en groupe et que tout le monde connaissait sa partition. Par contre nous avons eu des conditions de tournage assez affreuses parce qu’il faisait très froid ! On a été obligés de s’arranger sur certaines séquences où les acteurs mettaient de grosses chaussettes ou en gardant des manteaux. Ce qu’il faut dire aussi c’est que nous avons eu un très bon groupe d’acteurs qui se sont investis dans le projet. Ils se connaissent parce que la plupart ont été dans Acting International [NDLR : école de théâtre à Paris].

A. V : Heureusement qu’il y avait une bonne ambiance parce que sinon on aurait souffert. Surtout que le tournage devait commencer le lendemain du 13 novembre 2015, et donc voilà on l’a repoussé. Et c’est ce qui a permis à Julie de faire une bonne préparation des acteurs.

La Gazette du Geek : a propos de l’ambiance d’HTSAC, cette esthétique noir et blanc peut être déroutante au début. Pourquoi ce choix là ?

A. V : Alors moi la volonté de base, c’était vraiment les noirs novel, ces vieux bouquins de gare que tu trouvais pas chers et surtout la volonté de faire ressortir trois couleurs sur les couvertures : le noir le blanc et le rouge.

M. T : Après le noir et blanc dans les vidéos c’est aussi une facilité technique. Au début on ne voulait pas de noir et blanc et on s’est dit : « Ce serait carrément plus simple techniquement. »

L. J : On est restés sur le noir et blanc parce que dans la charte graphique ces deux couleurs collaient parfaitement.

La Gazette du Geek : parlez-nous de Scarlett le personnage principal. On a l’impression que le personnage aurait pu être changé par un des 7 autres complices, c’est l’effet voulu ?

A.V :  Oui en tout cas c’est possible mais on voulait que ce soit une femme. Scarlett est un personnage particulier dans le sens où elle fait figure de pionnière pour les femmes dans l’entre-deux guerre américain. Elle fait partie du contexte historique. Il n’y a pas que le jeu qui est important, le joueur apprendra plein de choses sur le contexte historique de New York à cette époque. C’est aussi important de mettre une femme en avant dans le jeu vidéo parce que c’est encore assez rare.

Interview HTSAC Scarlett

L. J : Dans le jeu vidéo ça commence un peu à se démocratiser la parité sauf dans les équipes où on a une scission : les développeurs sont des hommes et les graphistes sont des femmes. Il y a peu de femmes porteuses de projet.

A. V : On envoie au sein du jeu des messages au joueur qui va jouer une femme qui va briser les codes de son époque pour qu’il se sente encore plus concerné également.

M. T : Mais le jeu à aussi cette dimension de « cours d’histoire ludique » qui sert aussi le joueur pas forcément à 200% dans le jeu vidéo et qui aime l’histoire. Il n’y a quasiment pas d’anachronisme dans le jeu.

La Gazette du Geek : sur quel logiciel avez-vous effectué le développement du jeu HTSAC ?

L. J : J’ai travaillé sur Unity qui permet de créer le moteur du jeu. C’est une plateforme plutôt simple à prendre en main et qui propose des outils assez simples pour gagner du temps dans la création. Et qui permet de faire sortir son jeu sur plusieurs supports différents. C’est vraiment très populaire en ce moment.

La Gazette du Geek : a moins d’un mois de la sortie du jeu vous ressentez une certaine pression pour votre jeu ? D’autant plus que le jeu indépendant à été mis en lumière ces derniers temps.

L. J : On a une certaine pression à cause de la grosse communauté qui nous suit sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) et parce qu’ils nous ont plébiscités sur Greenlight. C’est d’ailleurs ceux qui m’inquiètent parce qu’ils ce sont engagés à dire « je prendrai ce jeu! ». Après on a conscience que notre jeu va ne toucher qu’une niche de joueurs. Il n’aura probablement pas de millions de ventes mais on espère un beau succès. On a investi environ 2000 euros. Surtout on mise sur les critiques. L’idée c’est qu’on veut continuer, on veut en faire notre métier.

A. V : On a pensé à faire un portage sur tablette aussi. La chose qui est sûre c’est que ce n’est pas un one shot, on pense à faire un deuxième opus. On est des indépendants, on veut s’amuser et tenter des choses.

L. J : L’avenir du jeu HTSAC c’est un portage sur tablette c’est sûr.

Le jeu est disponible depuis le 20/01/2017 sur sa page Steam à partir de 6.99€

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