Interview du créateur d'Attelage - La Gazette du Geek

Interview du créateur d’Attelage

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Maxime Duranté a répondu à nos questions…Vous aussi, découvrez qui se cache derrière les éditions Attelage !

 attelage

1) Maxime Duranté, vous avez créé une maison d’édition, pouvez-vous nous expliquer son concept novateur ?

Bonjour ! 🙂 Alors, c’est vrai que j’utilise parfois le terme « maison d’édition collaborative » pour résumer ce qu’est l’Attelage le plus concisément possible, mais ce n’est pas exactement ce que nous sommes et il faudrait peut-être commencer par là pour bien saisir comment tout le reste va s’enchaîner.

L’Attelage, c’est en quelque sorte une confédération d’auteurs indépendants, qui ont décidé de structurer leur effort autour d’un certain nombre de règles de fonctionnement et de principes assurant la cohésion sociale du groupe. Dans la mesure où nous nous affranchissons du filtre intermédiaire de l’éditeur pour toucher les lecteurs directement, les Attelés privilégient l’échange avec le lectorat et la participation active de celui-ci aux projets du mouvement.

Maxime DurantéBon, tout ça c’est bien joli me direz-vous, mais concrètement, comment ça marche ? Je pense qu’on peut articuler ça autour de trois grands axes :

Le premier axe, c’est la sélection préalable à l’obtention du titre d’Attelé : même si on y reviendra puisque la question a été posée (et mérite une réponse détaillée !), on peut déjà dire que l’Attelage vise à se placer dans une optique de qualité plutôt que de quantité. Nous ne sommes pas une annexe de Wattpad ou une énième réédition du concept de DeviantArt appliqué à la littérature, mais bien une plateforme animée par une équipe triée sur le volet.

En bref, on s’efforce de faire en sorte que le « label attelé » ait une valeur.

Le deuxième axe, c’est le dépassement du cadre offert par l’édition classique : on essaie au maximum de développer nos univers au-delà de ce qu’un livre papier permettait, par exemple en incorporant des musiques (composées par un membre de l’équipe) ou des dessins réalisés par des illustrateurs indépendants, qu’on rémunère afin de nous aider dans ce sens. L’un de nos membres a également codé un jeu de cartes pour donner corps au Cannir, un divertissement existant dans l’univers d’Antoine Bombrun (un de nos auteurs), et personnellement je suis en train de doubler la partie narrative d’un de ses deux romans afin d’en proposer une version audio. Les voix des autres personnages seront assurées par les Attelés ou des membres du forum qui se portent volontaires.

De manière plus générale, nous essayons de maintenir ouvert l’échange avec les lecteurs, ce qui explique en passant pourquoi nous publions chapitre après chapitre, à la manière des romans feuilletons. Si un lecteur désire nous donner son avis sur l’histoire en cours, il est libre de le faire en nous laissant un commentaire sur le forum. C’est l’occasion de discuter un peu du texte, de nous soutenir moralement en nous disant que vous l’avez apprécié… ou au contraire de critiquer ce qui a vous a déplu, d’argumenter en toute courtoisie avec l’auteur (et les autres lecteurs) et de proposer des solutions pour améliorer le texte. Cette démarche nous permet de toujours offrir des fichiers à jour : sitôt qu’un consensus a été trouvé pour remédier à un défaut du texte, l’auteur remplace l’ancien pdf/epub par un nouveau, et tout le monde y gagne !

Le troisième axe, c’est la professionnalisation des auteurs, qu’on essaie d’obtenir en monnayant tout ça contre un petit abonnement d’un euro par mois. Cet abonnement nous permet de financer un peu tout ce qu’on fait (pas en totalité, faudrait pas rêver non plus). A terme, on aimerait que ça puisse nous permettre de rémunérer les auteurs pour qu’ils puissent se consacrer davantage à l’écriture !

J’oublie certainement pas mal de choses en résumant ainsi le concept, mais, pour faire simple, l’Attelage c’est un lieu de vie où des projets créatifs et communautaires animent le quotidien. Plus vous y apportez d’idées et de bonne volonté, plus nos possibilités s’étendent, et plus cela se répercute sur la quantité de contenus que nous pouvons produire. De même, nous essayons d’égayer la plateforme en organisant de petits évènements de temps en temps : tournois de cartes, sessions questions/réponses, ou encore des cadavres exquis, ces jeux de création où chacun balance son bout de phrase pour aboutir à un résultat complètement insensé et, il faut bien l’avouer, souvent marrant à lire… !

2) Comment sélectionnez-vous les artistes que vous publiez ?

La démarche complète est assez longue à exposer – elle est d’ailleurs consultable en lisant le Modus Operandi de l’Attelage, que vous pouvez recevoir sur simple demande. Néanmoins, on peut dégrossir le sujet en évoquant un certain nombre de critères dont l’Attelage doit s’assurer avant d’intégrer un auteur, à savoir :

– L’adéquation de sa production avec les exigences du groupe, tant en termes de stylistique que d’orthographe ou de régularité. Petite précision à ce propos puisque je constate régulièrement qu’il y a confusion à ce propos : l’Attelage ne se limite pas aux genres de la SFF et tous les auteurs y sont les bienvenus, peu importe ce qu’ils écrivent.

– La capacité de supporter la critique et de remettre en question son travail pour l’améliorer.

– La capacité d’évoluer dans une équipe, les auteurs étant regroupés dans des unités autonomes de cinq membres que l’on appelle « meutes ».

Tout ceci est vérifié au cours d’un processus pouvant durer quelques minutes (un survol rapide du texte qui se transforme en traversée d’un champ de mines), quelques jours (un échange critique qui tourne en guerre de tranchées) ou plusieurs mois quand l’intégration à la meute ne se déroule pas comme on l’avait escompté. Pour arriver à la création d’une meute en bonne santé, il faut compter au bas mot trois ou quatre mois de gestation interne, durant lesquels les candidats seront accompagnés par des Attelés afin de leur prodiguer les conseils nécessaires.

Concernant les contributeurs (illustrateurs, compositeurs, etc), les exigences sont beaucoup moins élevées ; nous fonctionnons largement sur la base du volontariat et des ressources dont nous disposons pour essayer de contenter tout le monde. Là encore, un document de référence est à votre disposition si vous voulez en savoir plus !

3) Comment vous est venue cette idée ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour la réaliser ?

En fait, l’idée de l’Attelage fait suite au lamentable échec que j’ai essuyé en voulant monter mon projet précédent, lequel s’appelait Quilldom et tentait tant bien que mal de reproduire le schéma de fonctionnement de Steam Greenlight –une section de la plateforme Steam dédiée à la publication des petits jeux indés– Comme souvent, j’avais des idées bien trop grandioses pour mes moyens, et l’affaire est retombée comme un soufflé lorsque j’ai voulu la confronter avec la réalité du monde littéraire francophone : les auteurs que j’avais démarchés pour participer à cette aventure ne comprenaient tout simplement pas l’intérêt de la plateforme.

Toujours est-il qu’après avoir macéré dans la défaite de Quilldom pendant plusieurs mois et ingéré une quantité déraisonnable de ramens, je me suis retrouvé sur Wattpad un peu par hasard (de mémoire, quelqu’un m’avait pris en pitié et m’avait conseillé d’y publier mes textes). J’y ai rencontré Marion et Karole, qui formaient déjà à l’époque un duo aussi soudé que populaire dans la petite niche de la Fantasy wattpadienne, et après plusieurs semaines à observer un peu la dynamique d’échange entre ces deux auteures et leur public, je me suis dit qu’il serait peut-être possible de retenter l’expérience en la recentrant sur une équipe restreinte d’auteurs avec lesquels le courant passait bien. De longues sessions de débats, de suggestions et de surchauffes cérébrales plus tard, nous avons accouché d’une première ébauche conceptuelle pour l’Attelage. De là, nous avons eu à surmonter pas mal d’embûches, principalement technico-humaines : deux webmasters nous ont lâchés en cours de route, et il m’a parfois été difficile de gérer l’angoisse que la gestion du projet suscitait. Nous avions annoncé la sortie du site pour septembre ; il n’a vu le jour qu’au premier avril. Autant dire que ça n’a pas été de tout repos…

Bon et évidemment, avec un abonnement à un euro par mois, la trésorerie ne pouvait pas exactement déborder de doublons espagnols non plus… 😉

4) Ecrivez-vous vous-même ?

interview du créateur de l'attelage gzaette-du-geek (01)Quand il me reste un peu de temps pour moi, oui ! =) Je suis assez occupé avec toute la partie administration/organisation/contact ; je sors par exemple de trois semaines de rédaction intense sur le Modus Operandi parce qu’il était nécessaire de se doter d’un genre de constitution pour transmettre notre vision et arbitrer les conflits éventuels (puis ça me permet de faire des c/c ; j’ai moins mal aux doigts à la fin de la journée haha). Hormis ça, je fais vraiment mon maximum pour mettre en valeur les autres types de contenus que nous voulons offrir, d’où l’achat d’un bon microphone d’enregistrement récemment, et un temps non négligeable passé à lire le texte d’Antoine avec toutes les intonations possibles et imaginables. BIENtôt, bienTÔT ? Bientôôôt… J’aurais jamais pensé que le Français lu aurait davantage de relief que le Français parlé… !

En ce moment je suis également sur un document conceptuel décrivant un jeu de stratégie qui se déroulerait dans l’univers des Serres du Griffon, mon roman principal. J’y ai découvert une approche très intéressante pour étoffer les personnages, voire pour en créer de nouveaux, en déconstruisant les différentes factions en présence selon des éléments d’équilibrage et de gameplay : qui possède la meilleure cavalerie, comment l’adversaire a dû réagir pour contrer celle-ci ? etc. C’est particulièrement enrichissant d’adopter cette perspective, parce que l’équilibre des camps (ou son déséquilibre, tout dépend de votre objectif) doit directement découler d’une somme de forces et de faiblesses, et mettre tout ça à plat en envisageant les choses à l’aide de données chiffrées permet de s’éviter des incohérences plus tard dans la rédaction. Rien que pour ça, je considère que l’exercice n’est pas vain, quand bien même le jeu vidéo en question ne passerait jamais cette étape. 😉

Et puis je reste un gamer dans l’âme, donc je m’éclate comme un petit fou à inventer des compétences pour les unités héroïques afin de leur donner une personnalité propre !

En dehors de ça, j’écris aussi des articles quand on me donne un sujet : ça peut tourner autour de l’écriture, des jeux vidéos ou d’autres choses, suivant les cas, mais ma marque de fabrique demeure l’exhaustivité. Quand je traite quelque chose, je ne le fais pas à moitié, et je m’efforce à chaque fois de proposer des contenus à forte valeur ajoutée. Après, c’est le genre de choses sur lesquelles je planche quand il y a de la demande ! La dimension communautaire de l’Attelage sert aussi à ça !

Enfin, il m’arrive de composer quelques poèmes, de traduire des trucs… Je suis un genre de couteau-suisse, le chocolat Milka en moins.

5) Quel a été votre parcours scolaire ?

interview du créateur de l'attelage gzaette-du-geek (07)J’ai tiré un bac S du chapeau d’un magicien itinérant qui avait fait halte à Provins, et puis je me suis égaré pendant trois ans en prépa maths-sup maths-spé, pour atterrir en école d’ingénieur et en repartir aussi sec après un semestre à me demander ce que j’y foutais.

Je suis actuellement en troisième année de LEA Anglais/Japonais, et… je me pose à peu près la même question.

6) Quelles sont vos passions dans la vie ? Comment les conciliez-vous avec votre vie privée ?

Viprikoi ? J’ai dû faire une croix sur certaines de mes passions pour arriver à tout mener de front : équitation, jeux de rôle, jeux vidéos pour une grande majorité (j’ai toujours pas fini The Witcher 3 ; Geralt est bloqué à Skellige depuis deux mois), jeux de figurine avec Warhammer et Warmachine, et j’en passe. Les journées sont trop courtes ; faudrait facilement les doubler… !

Il me reste heureusement le fitness, Hearthstone (moins cher que Magic), la littérature et mon amour de la langue anglaise pour décompresser. Je ne sors plus que très, très peu.

7) Quel est votre film préféré ? Quel votre livre préféré ? Quel est votre plat préféré ?

Je ne suis pas très branché cinéma, mais si j’avais à en citer un, ce serait certainement Vice Versa pour le maelström d’émotions que j’ai ressenti en le regardant. Niveau livre, c’est sans appel : La Horde du Contrevent m’a davantage marqué que tous les autres bouquins que j’ai pu ouvrir jusqu’à présent. Pas tant pour ce qu’il raconte, puisque le fil narratif est assez basique quand on le décharne de tout le traitement effectué par l’auteur, mais pour le traitement en lui-même. Je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi raffiné, d’aussi poussé et d’aussi maîtrisé pour exposer la pluralité des personnalités humaines. Je ne pense pas en être capable un jour, mais j’aimerais réellement parvenir à dégager autant de caractère dans mon écriture.

Pour la boustifaille, pas de plat en particulier à citer. Je suis plutôt viandard et j’apprécie ce qui est épicé, donc sans surprise on pourra trouver dans ma liste le sanglier au vin (mitonné à l’alsacienne, tant qu’à faire), les fajitas, la nourriture coréenne en général et le wasabi sur les sushis… Ou est-ce l’inverse ?

interview du créateur de l'attelage gzaette-du-geek (05)8) Quels sont vos projets pour l’avenir ?

J’ai toujours été quelqu’un qui se remplissait le crâne de mirages, aussi mes projets pour l’avenir vont d’une nouvelle version du site compatible mobile à la construction d’un château-fort susceptible d’héberger nos opérations (et une écurie. Très importante, l’écurie.) Dans un futur plus proche et plus tangible, nous aimerions sortir la version enrichie des Traqueurs d’Antoine Bombrun sur les plateformes de diffusion dématérialisée… et ça serait plutôt cool que je termine le chapitre 4 des Serres du Griffon, hum.

 

Merci encore à Maxime Duranté pour cet entretien ! Rendez-vous vite sur http://www.attelage.net/

Longue et vie prospérité !

Skeeter

Skeeter est née le même jour que Chuck Norris, ce qui lui a conféré d'incroyables talents. Après une brillante scolarité au sein de l'école de sorcellerie Poudlard, elle est devenue professeur dans l'école pour jeunes surdoués. Elle prévoit d'épouser son collègue Wolverine.

3 pensées sur “Interview du créateur d’Attelage

  • 26 octobre 2015 à 21 h 11 min
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    Sympa ce petit interview !
    La Horde du Contrevent, il faudra que je la finisse un jour… -_____-« 

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  • 5 mars 2017 à 20 h 32 min
    Permalink

    Maxime, comme pour l’Attelage, je te découvre. Ton concept est pas mal, j’espère qu’il perdurera. « Quilldom » a peut-être été un échec mais tu as su rebondir et ça c’est positif. Bon courage l’ami.

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