Avis : Game of Thrones, une métaphysique des meurtres - La Gazette du Geek

Avis : Game of Thrones, une métaphysique des meurtres

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Game of Thrones, une métaphysique des meurtres vient de paraître. L’occasion pour nous de parler de cet ouvrage, plongée exceptionnelle au cœur de la série !

Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, la critiqueEt si, derrière la série Game of Thrones, on pouvait trouver le laboratoire parfait pour expérimenter les grandes notions de la philosophie ? Que se passerait-il si nous vous disions que les romans de Georges R.R Martin et, plus particulièrement la série, sont des exemples concrets de l’application de certaines grandes théories de philosophie ?

Assurément, vous seriez peut-être un peu surpris. Pourtant, avec Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, Marianne Chaillan entend bien nous convaincre de la portée philosophique de cette oeuvre. Force est d’ailleurs de constater qu’elle y parvient avec brio. Pourtant, de nos jours, beaucoup d’entre nous, lorsqu’ils voient le terme de philosophie, pensent à quelque chose de très abstrait, loin de notre quotidien et, finalement, assez inaccessible. Ce n’est clairement pas le cas, et l’ouvrage que nous avons eu entre les mains a fini de nous en convaincre.

[ATTENTION, SPOILER POUR CEUX QUI N’ONT PAS VU LA SAISON 5 DE LA SERIE]

Dès les premières premières pages, l’auteure parvient à impliquer son lecteur. Elle fait finalement appel à l’émotionnel, là où son projet fait, par la suite, appel à l’intellectuel :

« Hurlements, stupeur, insultes contre les auteurs : un cri immense a traversé la planète tandis que Jon Snow s’effondrait sur la neige, poignardé par ses frères de la Garde de Nuit. »

La mort de Jon Snow, une question de philosophie avec Marianne Chaillan

L’ambition de cet essai est finalement de nous montrer que toutes les trahisons et tous les meurtres présents dans la série peuvent être regardés à travers le prisme de la philosophie. Ainsi, lorsque Marianne Chaillan nous parle des différents choix moraux des personnages, elle évoque deux grands courants philosophiques centrés autour de la morale qu’elle renomme habilement « la Maison Déontologisme et la Maison Conséquentialisme « .  Elle fait alors le parallèle entre la moralité de la famille Stark (en particulier Ned) et celle des Lannister, rapprochant tel ou tel personnage de Kant ou de Bentham. Mieux, elle implique aussi son lecteur, à travers des Expériences de Pensée très concrètes, qui le poussent à savoir vers quel courant philosophique sa raison le conduit. Lorsqu’il est question de l’existence des dieux dans Game of Thrones, une des expériences de pensée proposées nous plonge par exemple dans la peau d’Indiana Jones,  au moment où, dans le troisième opus, il saute dans le vide pour trouver le Saint Graal. On apprend finalement à comprendre plus en profondeur les personnages et leur décisions, qu’il s’agisse de Cersei Lannister, Jaime, Tyrion ou Petyr Bealish

Entre le devoir et l'amour, question de moralité dans game of thrones
Ygrid et Jon ou la question du devoir et de la moralité

Sans pour autant simplifier la philosophie, Game of Thrones, une métaphysique des meurtres la rend accessible, passionnante même. La grande question de l’ouvrage est en fin de compte la suivante : comment les grands philosophes, de Kant à Machiavel en passant par Hobbes, regarderaient-ils la série ? Comment jugeraient-ils les actes des uns et des autres ? Qui serait, pour chacun d’entre eux, le candidat idéal à faire monter sur le Trône de Fer ? En expliquant les courants philosophique et en rapprochant les personnages de chaque tendance, Marianne Chaillan réussit un pari osé. Du début à la fin, on suit sa réflexion tout simplement passionnante au cœur du Royaume des Sept Couronnes.

Des parties [un peu] inégales malgré tout

Couverture de Game of Thrones, une métaphysique des meurtresSi nous devions émettre une seule réserve dans cette critique très positive, ce serait peut-être la question du rapprochement avec la série. Incontestablement, nous n’avons pas peur de l’affirmer, si vous êtes un fan de Game of Thrones, vous allez certainement adorer une métaphysique des meurtres. Néanmoins, malgré une découpe en trois parties, la réflexion de Marianne Chaillan nous a semblé parfois un peu inégale, non pas dans la qualité de son engagement et des notions philosophiques abordées, mais dans leur application dans Game of Thrones.

En effet, alors que la première partie présente des cas très concrets de Morale Déontologique et Morale Conséquentialiste, la troisième est peut-être plus difficile à appréhender, plus abstraite, avec des exemples un peu moins explicites. En fin de compte, Cersei nous est apparue moins l’élève de Machiavel que Ned celui de Kant…  La faute à nous, lecteur, qui n’avons finalement pas suivi avec assez d’assiduité le fil de l’ouvrage, ou à un système universitaire français vieillissant, qui veut que toute réflexion soit obligatoirement découpée en trois parties ?

La réponse mérite d’être posée, mais elle n’enlève en rien la qualité d’un ouvrage que nous vous recommandons d’urgence. Une excellente manière, aussi, d’attendre jusqu’au retour de la saison 6 en avril. Nous ne dirons qu’une chose pour terminer : tous les professeurs de philosophie devraient être aussi inventifs et ouverts à la fiction que Marianne Chaillan !

Aux éditions Le Passeur depuis le 25 janvier.

Crall

Seigneur des geeks de toute la terre, fondateur et rédacteur en chef de La Gazette du Geek, force de la nature mais, surtout, geek qui boit du vin et mange des paupiettes de veau à quatre heure du matin.

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