Batman v Captain America : deux idéologies cinématographiques - La Gazette du Geek

Batman v Captain America : deux idéologies cinématographiques

Share Button

Il est grand temps de ressortir les débats houleux concernant les productions cinématographiques de DC et Marvel. Batman ou Captain America, qui l’emporte ?

Le constat est bien simple : d’un côté se trouve Batman v Superman, film qui a littéralement provoqué la haine d’une partie du public, de l’autre, un produit très calibré, fruit d’une longue série de films plus ou moins conçus pour se succéder avec fluidité. Qu’est-ce qui fait que Captain Americ : Civil War, long-métrage intéressant mais pourtant privé du moindre enjeu, n’essuie pas les mêmes critiques que L’Aube de la Justice ?

Batman, un personnage que l’on croit connaître

L’une des premières critiques négatives à l’encontre du film de Zack Snyder concerne la violence du personnage incarné par Ben Affleck. De 9gag à Facebook, les mèmes les plus improbables se sont succédé pour dénoncer quelque chose que les spectateurs assidus de la série animée des années 90 et les lecteurs de DC Comics, qui connaissent probablement les aventures de Batman mais pas celles de la Justice League, trouvent monstrueux : Batman tue des gens !

Batman peut tuer

Pourtant, si on se penche d’un peu plus près sur la mythologie du Dark Knight, on constate rapidement qu’il a commencé sa carrière en portant des armes, et en se souciant nettement moins de la vie de ses ennemis. Est-ce, pour autant, une raison légitime pour accepter le fait qu’il tue quelques bad guys ? Oui et non, car il y a aussi un contexte. Pourquoi prétendre que le personnage de Batman V Superman est une trahison du modèle original ? Tout simplement parce que la vision du mythe populaire de Batman n’est qu’une des versions possibles du Chevalier Noir. Auprès du grand public et des fans qui ont grandi avec lui, il incarne le protecteur, droit et inflexible… et c’est bien là le problème. Beaucoup de personnes se basent sur leur ressenti pour identifier le personnage et le figer dans un moment précis de sa carrière de justicier.

ben affleck, nouveau batman
© Warner Bros.

Or, le Batman que l’on voit dans L’Aube de la Justice est un homme relativement plus âgé que dans les autres représentations du Chevalier Noir. Son manoir est détruit, son acolyte, Robin, inexplicablement absent. Bruce Wayne, est un homme usé, dont les idéaux se sont heurtés à la réalité. Dans le comics de Franck Miller, Batman: The Dark Knight Returnsdont le film s’inspire en bonne partie, Wayne est même devenu alcoolique, et a renoncé à lutter contre le crime. Qui peut, décemment, affirmer que Batman lui appartient ? Est-ce qu’un personnage (ou un être humain 🙂 ) doit être mis au rebut parce qu’il ne correspond pas à ce qu’on attend de lui ? Je vous invite à méditer sur le sujet. Dans les versions les plus récentes de la Justice League, Batman n’est certes pas un « tueur », mais il est un peu perçu comme paranoïaque par les autres membres de l’équipe : il a un plan différent pour neutraliser chaque membre, au cas où il se retournerait contre la ligue.

Trop long ? Une Wonder Woman inutile ?

Accusé d’être trop long et trop brouillon, Batman v Superman accuse le coup par rapport à un long-métrage tel que Civil War, qui n’est finalement qu’un gros concentré d’action, entrecoupé de scènes inégales au montage particulièrement efficace. Il faut bien le reconnaître, L’Aube de la Justice est loin d’être parfait. Tout d’abord, la présence de Wonder Woman n’est qu’un gros prétexte pour faire le lien avec les autres personnages de la Ligue de Justice, et les spectateurs l’ont bien compris. Néanmoins, en ce qui me concerne, je n’ai pas trouvé ces courtes apparitions trop problématiques au regard de la cohérence du film. Mieux encore, j’ai adoré les fichiers vidéos montrant les exploits d’Aquaman, Cyborg et Flash !

      ****************************************************************

Alerte Spoiler !

Batman v Superman
© Warner Bros.

Moqué également par le public, le revirement de situation final, alors que Batman s’apprête à tuer Superman, n’est pourtant pas si mauvais. Certes, Bruce Wayne réalise que sa mère et celle de Clark portent le même prénom, et aussitôt ils deviennent alliés, voire amis. Mais tout ceci n’est que du cinéma : il est donc nécessaire que ce soit rapide. Comme le fait remarquer le Fossoyeur de Film dans sa chronique, ce n’est pas un problème, car c’est de cette manière que fonctionne le cinéma. En analysant cette scène à la manière du littéraire que je suis, je trouve même qu’elle est particulièrement révélatrice de l’état émotionnel dans lequel se trouve Batman : il ne voit pas le côté humain de Superman. Assoiffé de vengeance, consumé par la haine et la violence, il ne voit en Clark Kent qu’un être capable d’anéantir la race humaine. Tout au long du film, il le voit à travers le prisme de la lumière et de l’admiration des gens, alors que lui ne trouve la paix que dans l’obscurité. Il pense même qu’il n’a jamais souffert comme lui a pu souffrir. Il ressent donc à la fois la frustration d’une lutte perpétuelle contre le crime, le deuil et l’impuissance… et peut-être même une pointe de jalousie.

Superman
© Warner Bros.

Cependant, tout ce déferlement de rage aveugle vole en éclat lorsqu’il réalise que celui qu’il considère comme son ennemi juré lui ressemble au moins sur trois points : il a une mère, elle porte le même prénom que la sienne, et il veut la sauver. C’est un électrochoc. Bruce Wayne revient à lui. Il prend conscience de sa douleur, de son deuil et de son égarement. Il redevient un héros, alors qu’il s’apprêtait à devenir un bourreau. Selon moi, c’est une scène trop courte, mais particulièrement juste : Bruce Wayne ne cherche-t-il pas, inconsciemment, à sauver ses parents ?

Captain America Civil War : à la poursuite rigolote du vide
Captain America Civil War
© Marvel Studios

Attention, l’avis qui suit, tout comme celui qui le précède, n’est pas une vérité en soi, mais l’analyse d’un fan.

Marvel au cinéma, c’est une marque de fabrique, un cocktail déjà bien établi dans le paysage des blockbusters hollywoodiens. Pour comprendre et juger Civil War, il faut donc l’envisager dans la globalité de l’univers auquel il appartient. En cela, il s’impose déjà naturellement au public, à l’inverse d’un Batman V Superman, qui lui n’a que sa seule existence pour poser un univers entier.

Tony Stark et Steve Rogers dans Civil War
Tony Stark et Steve Rogers © Marvel Studios

Captain America : Civil War est, lui aussi, librement inspiré d’un comics. Ici, la comparaison est évidente, puisque le film porte le même nom que son grand frère de papier. Et il faut dire que les différences sont pour le coup particulièrement évidentes. Pour certains fans, remanier à un tel point l’intrigue du Civil War original, dont nous ne parlerons pas ici, s’apparente à une forme de trahison. Pourtant, à bien y réfléchir, l’affrontement entre deux groupes de super-héros ne pouvait pas être introduit de la même manière que dans le comic book. Il aurait fallu, pour cela, que le film n’intègre pas l’univers déjà posé par le Marvel Cinematic Universe. Contrairement à ce que Marvel avait annoncé, on se retrouve donc, encore une fois, avec un long-métrage « édulcoré », où la violence et les combats n’ont aucune incidence réelle sur l’intrigue : avant Captain America 3, Tony Stark et Steve Rogers se respectaient, mais n’étaient pas toujours d’accord. Après Captain America 3… c’est la même chose : les 2h30 du film ne sont finalement qu’un prétexte à des scènes d’action, certes géniales, mais qui ne font finalement que tourner autour du pot.

Batman parle moins bien, mais frappe plus fort

Marvel vs DC Comics

Steve Rogers totalement entêté et Tony Stark plein de repentis et de remords, je n’y ai pas cru un seul instant, tout simplement parce que le film s’articule autour de faux enjeux : sauver Bucky, introduire Spider-Man et Black Panther, venger les parents de Tony Stark, faire cavalier seul sans les Avengers pour Steve Rogers… Tout est mélangé de manière à en mettre plein la vue. C’est efficace, plaisant, calibré pour plaire à un large public, mais ça n’a pas d’âme, c’est un pur produit du marketing, à l’inverse de Batman V Superman.

Pourtant, Warner Bros. et Batman, on pourrait se dire que c’est aussi du marketing à l’état pur. Eh bien non. Il n’y a qu’à voir comment ont été gérées les campagnes de pub des deux blockbusters. Du côté de Marvel, on est resté sur une Communication parfaitement maîtrisée, qui ne faisait qu’effleurer l’intrigue sans prendre le risque de décevoir le public. En revanche, avec DC Comics, les derniers mois de la promotion de Batman v Superman ont été, selon moi, désastreux. Pourquoi ?

Warner Bros. a fait grandir l’espoir, chez le spectateur lambda, d’assister à un combat de deux heures entre Superman et Batman, avant de laisser apparaître Lex Luthor et Doomsday dans le tout dernier trailer, plus d’un mois et demi avant la sortie du filmC’est difficile à croire, mais en faisant ça, l’un des plus gros studios de production d’Hollywood s’est littéralement tiré une balle dans le pied. La mauvaise réception du film repose donc en grande partie sur une gestion de la Communication désastreuse. En lui-même, le film est bien plus profond et bien plus intelligent que celui de Marvel. Malheureusement, le service marketing de Warner Bros. l’a vendu particulièrement mal pendant des mois.

J’ajouterais, au risque de me faire lyncher, que le grand public et certains fans ont tout simplement perdu (ou n’ont jamais eu ?) l’envie d’être surpris…

Une question pour terminer : est-ce moi qui suis fou, ou le monde qui tourne à l’envers ?

Crall

Seigneur des geeks de toute la terre, fondateur et rédacteur en chef de La Gazette du Geek, force de la nature mais, surtout, geek qui boit du vin et mange des paupiettes de veau à quatre heure du matin.

18 pensées sur “Batman v Captain America : deux idéologies cinématographiques

  • 21 mai 2016 à 10 h 37 min
    Permalink

    Je suis entièrement d’accord avec votre analyse. Le public a certes été berné par la com sur BvS, pour autant il s’est rué pour voir Civil war qui est un pur « produit » Marvel.
    Ce qui veut dire que le public ne veut plus être surpris, qu’il cherche un divertissement rassurant, qui correspond à son attente..
    C’est très dommageable car cela va générer un cinéma sans vision auteuriste, sans prise de risque, ou le gout du public prime avant tout.

    Répondre
    • 21 mai 2016 à 11 h 09 min
      Permalink

      Merci Titipicasso, en peu de mots, tu exprimes le fond de ma pensée !

      Répondre
    • 21 mai 2016 à 14 h 15 min
      Permalink

      C’est les mêmes rageux qui se plaignent qu’on a que des films fait par des yes man. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent sans déconner.

      Répondre
  • 21 mai 2016 à 13 h 18 min
    Permalink

    Le public a ausis été berné par la presse qui a defoncé BVS car ya pas eu de projos gratuite. Même un non connaisseur des comics sait bien qu’un combat physique entre Batman et Superman ne peut pas durer deux heures. Le combat est avant tout idéologique et psychologique, le combat commence dès que Bruce Wayne regarde dans le ciel et vois Superman et Zod en train de tout faire péter. Les haters crachent sur le  » Martha » mais bon Civil War c’est pire car le coup du  » c’est mon papa qui a fabriqué le bouclier, tu le mérites pas ». C’est du niveau bac à sable de maternelle pour ma part.

    Répondre
    • 21 mai 2016 à 13 h 26 min
      Permalink

      Et les scènes d’action de Civil War (en plus d’être mal filmées pour certaines), c’est toujours la même chose. Les même pirouettes qu’on a déjà vu ailleurs et en mieux.

      Répondre
      • 21 mai 2016 à 13 h 34 min
        Permalink

        Je n’irai pas jusqu’à dire que Civil War était gamin, mais c’est vrai que le coup du « ce bouclier ne t’appartient pas » est clairement pas plus intelligent que la scène de « Martha ». J’ai quand bien aimé les scènes d’action de Civil War, mais tu l’as bien dit, le combat de Batman et Superman est « psychologique et idéologique ». Il monte en puissance pendant deux heures, et c’est ça que j’ai trouvé tellement plus intelligent que dans les films de Marvel ! Je suis vraiment content qu’on soit quelques uns à tomber d’accord sur ça. J’ai peur pour l’avenir de DC Comics au cinéma malheureusement : Warner Bros. a décidé d’aller vers quelque chose de plus joyeux, et ça, ça laisse présager que les studios vont se calquer sur Marvel. J’aime beaucoup Marvel au cinéma, mais la noirceur de l’univers de DC sur grand écran, c’est quelque chose que j’ai apprécié encore plus… Affaire à suivre donc.

        Répondre
        • 21 mai 2016 à 13 h 52 min
          Permalink

          Petite mise mise au point Warner précise qu’ils continueront à laisser les réalisateurs libres de toute créativité Geoff Johns (avant sa nomination, il donnait des conseils à Affleck pour son futur film Batman) ne sera la que pour veiller à la cohésion de l’univers mis en place. Faut pas croire tout ce qu’on lis sur le net car ya beaucoup de désinformation (faire un truc optimiste ne veut pas dire forcement plus joyeux à la Marvel), si Affleck est devenu producteur exécutif de justice League c’est pour soutenir Snyder, pas pour ne pas faire un film à la teletubbies.

          Répondre
      • 21 mai 2016 à 13 h 39 min
        Permalink

        Tout a fait. Il y a une sorte de consensus qui tend à dire au public ce qu’il doit aimer et ne pas aimer.
        Le fait que tant de gens ai perçu le retournement de BvS, le fameux « martha » et de toutes ses implications psychologiques, en une pirouette du style « ah ta mère s’appelle comme ma mère alors on est pote » en dis long sur le degré de réflexion du spectateur de ce genre de film. C’est navrant. Et c’est ceux la même qui vont prendre pour débile profond ou fanboy décérébré, ceux qui auront apprécié le film.

        Répondre
        • 21 mai 2016 à 14 h 47 min
          Permalink

          Snyder a pas à rougir de son film, ya une belle photographie, des plans iconiques ect… Civil War on nous propose quoi ? 10 clampins sur un parking…………….

          Répondre
          • 21 mai 2016 à 15 h 11 min
            Permalink

            Mon dieu, la scène de l’aéroport… Je l’ai bien aimée, mais c’est quand même du n’importe quoi d’après moi…

          • 21 mai 2016 à 18 h 45 min
            Permalink

            The Dark Knight Rises par exemple, ce film a été acclamé de partout, ben pour ma part c’est du foutage de gueule, Batman peu présent, scenes d’action molles, scenes de baston mal choregraphiés et filmés platement. Un Bane ridicule. Snyder ma vengé avec BVS

  • 21 mai 2016 à 18 h 54 min
    Permalink

    la scène de l’aéroport, c’est du comics, donc pour cela rien à dire. C’est juste la légitimité du combat qui est douteuse et la tension du conflit qui est absente. On est bien loin du comics.

    Répondre
    • 21 mai 2016 à 19 h 45 min
      Permalink

      C’est clair. « On se bat et on reste copains ? » Mdr. Ca aurait été mieux qu’ils se battent en ville, le décor de l’aéroport on,a l’impression qu’ils l’ont emprunté a une production de Steven Seagal en Bulgarie.

      Répondre
      • 21 mai 2016 à 22 h 24 min
        Permalink

        Oui, mais « on se bat mais on reste copains » c’est du MCU tout craché !
        Mais bon, c’est pas que ça me gêne en fait, c’est surtout que le film a eu plus de succès que Batman v Superman, et ce n’est clairement pas justifié. Beerus, je vois ce que tu veux dire avec The Dark Knight Rises. Moi j’ai beaucoup aimé le film, mais c’est vrai que ce n’est pas un Batman très impressionnant. Pire que tout : Nolan ne sait pas filmer ou, ne sait pas s’entourer d’une équipe qui sait filmer les combats !

        Répondre
  • 21 mai 2016 à 23 h 06 min
    Permalink

    Oui c’est du MCU tout craché mais ça commence à me souler ce genre de vannes à la con, dans Captain America 2 y’en avait pas et ça n’empêchait pas le film de fonctionner.

    Répondre
  • 21 mai 2016 à 23 h 15 min
    Permalink

    Oui Civil War mérite pas son succès, je suis sur que Disney a payé les critiques.

    Mais bon à force de bouffer de la merde à longueur de journée, certaines personnes ont perdu le sens des réalités (et ouais, la merde ça se vend bien en 2016 avec la population de dégénérés qu’on se coltine).

    Répondre
  • 22 mai 2016 à 18 h 38 min
    Permalink

    moi perso mon gros problème avec captain america, c’est le titre : Civil War. d’où il y a une guerre civile dans ce film ? sérieux c’est quoi ce foutage de gueule ? c’est pas une guerre, c’est une baston, c’est un groupe de pote qui splitent et se foutent sur la gueule. alors même si on peut dire que dans un sens c’est une guerre elle est tellement pas civile… ! et steve rogers, je voulais qu’il crève moi putain la déception ! Mais sinon le film est super a regarder, genre beaucoup de kiff dans le visionnage et les scènes d’action mal filmées, je trouve pas, moi j’aime bien, c’est le bordel, ça vole dans tout les sens, etc… bah normal ils se foutent sur a gueule quand même ils font pas une partie de fifa

    Répondre
    • 22 mai 2016 à 23 h 12 min
      Permalink

      A part la scène de l’aeroport et le combat final ,bah le reste des bastons c’est filmé à la shaky cam.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *